Il n’y a pas que l’économie qui soit sans frontières. La politique l’est aussi devenue et, pour régionales qu’elles soient, ces élections françaises l’illustrent bien. Non seulement les deux résurrections auxquelles elles ont donné lieu, celles de la gauche et de l’extrême droite, sont en cours dans toute l’Europe mais ces deux forces sont, partout, en recomposition. Pour ce qui est de la gauche, on voit déjà à quel point la conjugaison de l’endettement des Etats, de la nécessité de réinventer la protection sociale et de l’apport des Verts modifie ses approches et ses propositions. Si l’on simplifie et, donc, exagère, la gauche, c’était toujours plus – plus de salaires, de protection et de redistribution par l’impôt. Même quand ce n’était pas ce qu’elle faisait, cela restait son ADN, ce qu’elle aurait voulu faire, alors que demain… Ce sera « la justice et l’égalité », disait, avant-hier, François Hollande sur notre antenne, autrement dit moins de toujours plus et plus de lutte contre les privilèges, plus d’équité, en un mot, dans la répartition de l’effort, notamment fiscal, qui attend nos société. Ce sera, disent beaucoup, une priorité à donner à la jeunesse qui ne trouve pas d’emplois plutôt qu’aux salariés et aux retraités dont les revenus sont assurés, aussi mal qu’ils le soient. Nécessité oblige, la gauche ce sera, aussi, la recherche d’une croissance moins dommageable pour l’environnement – bref, une autre gauche, de ce siècle et non plus du précédant. Quant à l’extrême-droite, l’évolution qui se dessine est, peut-être, plus profonde encore. Dans toutes les décennies d’après-guerre, elle puisait ses racines dans le fascisme des années trente, voire le nazisme. Elle n’était qu’une nostalgie de temps affreux qui, même lorsqu’elle progressait, la rendait infréquentable, ostracisé, inacceptable aux yeux mêmes de beaucoup de ses électeurs qui ne lui apportaient leurs voix que dans un vote protestataire qui n’aurait pas été le leur si elle avait eu la moindre chance de vraiment peser. Et puis il y a eu la fin de la croissance d’après-guerre, la montée du chômage, la montée consécutive du rejet de l’immigration, la place de plus en plus grande prise par les décisions européennes et le sentiment que les scrutins nationaux avaient, en conséquence, de moins en moins d’importance. Non seulement les repères politiques se sont brouillés, non seulement le désir de retrouver des cadres compréhensibles s’est accru mais la peur de l’islam s’est ajoutée à cette peur de l’Europe dans un formidable désir de repli national. Moins extrême, parfois très policée, une nouvelle droite de la droite s’affirme en Europe et ses laboratoires sont en Scandinavie et, surtout, aux Pays-Bas. Là-bas, elle défend non seulement les acquis sociaux nationaux face à la mondialisation économique et la nation face à l’Europe mais également les droits de la femme, et même des homosexuels, contre un islam réduit à ses fanatiques et diabolisé comme incarnation de tous les maux du siècle. Comme cela s'est déjà fait en Italie, en Autriche et au Danemark, cette nouvelle extrême droite se rapprochera de plus en plus des droites, comme les gauches se rapprochent des verts, et beaucoup de chose en changeront, petit à petit, sur les échiquiers politiques de l’Europe.

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