Il y a beaucoup de raisons, parfaitement fondées, de critiquer les politiques que ses dirigeants imposent actuellement à l’Union européenne. Du rétrécissement de son budget alors qu’elle aurait besoin d’investissements communs à cette austérité générale qui interdit toute relance économique, tout ou presque est effarant dans les décisions prises par la majorité conservatrice qui pilote aujourd’hui l’Union. Tout ou presque la mène dans le mur et accentue toujours plus dangereusement son rejet par les peuples européens mais, là, non, dans l’affaire chypriote, c’est tout le contraire.

Contrairement à ce qu’en disent les marchés et M. Poutine, l’Europe a tout à fait raison d’exiger qu’en échange du prêt de dix milliards qu’elle va lui consentir pour l’aider à éviter une faillite, Chypre impose un prélèvement obligatoire sur ses dépôts bancaires, qu’ils soient détenus par ses ressortissants ou des étrangers, résidents ou pas. Cela pourrait être choquant si l’Europe s’attaquait ainsi aux petits épargnants mais loin de définir les taux et les seuils d’imposition laissés à l’appréciation des dirigeants chypriotes, elle vient de souhaiter que cette mesure ne touche pas les comptes les plus modestes et demande seulement que ceux qui ont tant profité des facilités financières et fiscales offertes par ce pays contribuent maintenant à son relèvement.

Chypre est ce qu’on appelle un paradis fiscal.

Cette petite île de la Méditerranée, on le disait hier, avait acquis un statut de grande place financière en devenant, à la fin des années 80, le refuge des premières fortunes générées en Russie par les tout débuts de la libéralisation économique. Chypre leur avait alors ouvert ses coffres sans poser la moindre question à ces nouveaux Russes qui allaient devenir, sous Boris Eltsine, les nouveaux maîtres de la défunte URSS. Pas ou très peu d’impôts et une discrétion à toute épreuve, ces hommes avaient vite appris à aimer Chypre dont les établissements financiers, les intermédiaires, les sociétés de service et les hôtels et commerces de luxe avaient prospéré grâce à eux.

Devenue membre de l’Union et de la zone euro, non seulement Chypre n’avait rien changé à tout cela mais avait trouvé de nouvelles ressources en attirant sur son territoire les sièges sociaux d’entreprises étrangères qui préféraient y payer 10% d’impôts sur les sociétés au lieu du double, du triple ou plus encore dont elles auraient dû s’acquitter dans leur pays. Chypre est une île. Chypre est excentrée. Son usage de l’arme fiscale n’est pas totalement illégitime car elle n’en a guère d’autres mais 10% d’imposition sur les sociétés, cela s’appelle du dumping fiscal, une concurrence déloyale, et ce pays était ainsi devenu un prédateur, nourri des rentrées dont il privait d’autres Etats.

Dans ces conditions, le scandale eut été que l’Europe lui consente une aide sans demander que ses dépôts ne soient taxés et que son impôt sur les sociétés ne soit relevé à 12,5%. M. Poutine proteste car ses amis du monde de l’argent russe sont frappés. Les marchés s’inquiètent de cette incursion des Etats dans les paradis fiscaux. On les comprend. Ils n’étaient pas habitués à cela mais il était temps, grand temps, qu’ils apprennent que l’impôt s’impose à tous.

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