La cible reste à déterminer. Etait-ce le Parlement tunisien où les députés débattaient justement d’un projet de loi anti-terroriste que visait le coup de main d’hier ? Ou était-ce bien le musée du Bardo, là où les tueurs ont finalement frappé et qui est situé juste à côté ?

L’enquête le dira peut-être mais la certitude est que ce massacre - 19 personnes tuées et 42 blessées dont plusieurs grièvement - ne relevait en rien d’une folie meurtrière, qu’il était, au contraire, parfaitement réfléchi et que ses objectifs sont aussi clairs que ses raisons.

Si la Tunisie a été ainsi martyrisée, c’est que les plus fanatiques des islamistes haïssent tout ce qu’elle est - non seulement un pays dont les femmes sont libres, dont la société rejette profondément tout extrémisme, dont l’admirable et constante mobilisation citoyenne a empêché toute dérive obscurantiste après le renversement de la dictature, mais un pays également dont le grand parti islamiste, Ennahda, s’est complètement détourné de la violence, respecte la démocratie et pratique systématiquement le compromis politique.

Après la chute de l’ancien président Ben Ali, en janvier 2011, c’est ce parti qui avait remporté les premières élections libres. Ils les avaient gagnées non pas parce que les Tunisiens rêvaient d’imposer le voile aux femmes et de faire entrer la charia dans la Constitution mais parce que le camp laïc était divisé, que les islamistes étaient ceux qui avaient le plus souffert de la dictature et que leur programme, économiquement libéral, conservateur et puritain, rassurait la petite bourgeoisie des commerçants et fonctionnaires.

Ennahda avait pourtant vite perdu de sa popularité parce que ce parti s’est avéré incapable de redresser l’économie et qu’il préférait tenter d’intégrer les groupes jihadistes à ses rangs plutôt que de les réprimer avant qu’ils n’aient pris trop de poids. La tension montait dangereusement mais, au lieu de se maintenir par la force, Ennahda a choisi de négocier avec les autres partis, de se retirer avant d’aller à de nouvelles élections puis de gouverner maintenant en coalition avec les laïcs désormais majoritaires.

La Tunisie est une réussite démocratique, un exemple dont les jihadistes ne veulent surtout pas le succès de crainte qu’il n’inspire le Proche-Orient et le Maghreb de même que la révolution tunisienne avait inspiré les autres printemps arabes. Les jihadistes veulent d’autant plus l’échec de la Tunisie qu’elle les traque aujourd’hui, notamment à sa frontière libyenne, et la tuerie d’hier visait ainsi à faire fuir les touristes et les investisseurs, à ruiner ce pays dont l’économie est déjà si fragile afin de le plonger dans le chaos, lui et sa démocratie.

Pour ce qui est de l’économie, c’est malheureusement réussi. Investisseurs et touristes vont évidemment se détourner de ce pays mais la Tunisie, non, ne plongera pas dans le chaos car ses forces politiques et sa société, islamistes compris, feront maintenant plus que jamais front pour la démocratie et contre le jihadisme.

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