Le terroriste s’est filmé et a diffusé ses meurtres en direct sur Facebook, et les plateformes ont passé les heures suivantes à « nettoyer » des millions de copies. Une fois de plus, elle ne parviennent pas à stopper la haine sur leurs sites.

La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a demandé des comptes à Facebook sur la diffusion en direct des attentats de Christchurch
La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a demandé des comptes à Facebook sur la diffusion en direct des attentats de Christchurch © AFP / Marty MELVILLE / OFFICE OF PRIME MINISTER NEW ZEALAND / AFP

Une fois de plus, les grandes plateformes numériques n’ont pas été à la hauteur. Facebook, YouTube, et quelques autres, ont été totalement dépassés par le phénomène déclenché par le terroriste suprémaciste blanc de Christchurch qui a su utiliser les réseaux sociaux pour donner le plus d’écho possible à son action. 

Comme si ces géants du numérique n’avaient rien appris des expériences précédentes ; car souvenez-vous, les djihadistes de Daech faisaient la même chose, et transformaient leurs meurtres en pages de pub sur le théâtre mondial que sont devenus les réseaux sociaux.

Résultat : Brenton Tarrant, le tueur de Christchurch, a filmé la tuerie et a pu la diffuser en direct sur Facebook. Et ces vidéos ont été partagées sur d’autres plateformes par des adeptes de la même idéologie qu’il avait prévenus. Dix minutes avant de passer à l’acte, il avait mis un lien vers sa page sur la plateforme américaine 8Chan, fréquentée par les suprémacistes blancs et autres néo-nazis.

La diffusion a duré 17 longues minutes, et la première ministre néo-zélandaise s’est étonnée que Facebook n’ait pas bloqué plus vite ces images atroces. Mais le contrôle s’effectue a posteriori sur ces plateformes, et ce n’est qu’une fois alertées qu’elles sont passées à l’acte. Mais le mal était fait, et se propageait à grande vitesse.

Les chiffres sont extravagants : Facebook a annoncé avoir retiré dans les 24 heures quelque 1 million et demi de copies de la vidéo du terroriste, dont 1,2 million en phase de chargement, donc avant diffusion. 

C’est encore plus spectaculaire chez YouTube, la plateforme de vidéo. Dans les heures qui ont suivi la tuerie, les vidéos de Christchurch étaient téléchargées au rythme d’une par seconde, plus vite que la capacité de YouTube à les effacer ; d’autant que, pour échapper aux système automatiques, des versions éditées et à peine modifiées de la vidéo étaient mises en ligne, plus difficiles à déceler. Dépassées, les équipes de YouTube ont dû désactiver pour la première fois certaines fonctionnalités pour freiner la viralité. 

On peut tirer deux leçons de cet événement. La première est un constat, celui que malgré leurs engagements et le recrutement de milliers de modérateurs, ces plateformes se révèlent incapables d’éviter de relayer des contenus de haine, illégaux quel que soit le pays. Un scandale de plus dont elles vont devoir répondre, pour des entreprises déjà en cause pour leur mépris des données privées, la fiscalité et bien d’autres sujets. 

La deuxième est plus complexe encore, puisqu’on a eu affaire à Christchurch à un homme de 28 ans, maîtrisant parfaitement la technologie et les codes de la viralité. Comme Daech il y a quelques années, cette frange extrémiste sait échapper à la surveillance, et utiliser des technologies accessibles à tous. Là encore, un défi majeur à nos sociétés ouvertes, dont les ennemis se jouent en quelques clics.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.