Pékin a envoyé de l’aide médicale à la France et l’Italie, une « diplomatie du masque » pour marquer son statut de grande puissance. Mais la Chine qui aide est aussi celle qui expulse des journalistes américains.

Entrée la première dans l’épidémie, la Chine en est aussi sortie la première : ici une équipe médicale envoyée en renfort à Wuhan rentre chez elle, dans la province de l’Anhui, accueillie en héros.
Entrée la première dans l’épidémie, la Chine en est aussi sortie la première : ici une équipe médicale envoyée en renfort à Wuhan rentre chez elle, dans la province de l’Anhui, accueillie en héros. © AFP / Zhou Mu / XINHUA

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Entrée la première dans l’épidémie, la Chine en est aussi sortie la première, au moment où le reste du monde était à son tour massivement contaminé. Cette chronologie donne paradoxalement à la Chine, dont on parlait il y a encore quelques semaines avec la compassion due à un malade, une confiance en elle qui se traduit sur la scène mondiale.

Pour faire bonne figure, la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a salué hier l’aide chinoise, tout en rappelant qu’au début de l’année, l’Europe avait envoyé 50 tonnes de matériel pour aider la Chine. Mais il va falloir s’y faire, les rôles sont sinon inversés, ils sont au moins largement rééquilibrés.

Le résultat est un double visage de la Chine en ce moment. D’un côté, le visage, souriant, d’une « diplomatie du masque », non seulement ici, mais aussi dans les Balkans, en Iran, ou en Afrique. Cette aide est évidemment la bienvenue quand les systèmes de santé locaux sont soumis à un stress maximal.

L’« autre visage », c’est celui d’un régime autoritaire, Nicolas, qui vient de surmonter une épreuve sanitaire, mais aussi politique, et qui se sent plus fort. On le voit dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre froide, et ne connaît aucune trêve sanitaire entre la Chine et les États-Unis.

En début de semaine, Pékin a expulsé tous les correspondants américains de trois grands quotidiens, le "New York Times", le "Washington Post" et le "Wall Street Journal". C’est une décision sans précédent, qui referme un peu plus ce pays où le travail des journalistes est devenu plus difficile. J’ai été correspondant à Pékin dans les années 2000, la Chine était paradoxalement plus ouverte.

Malgré le coronavirus, les rapports entre les deux géants du XXI° siècle n’ont cessé de se dégrader, avec des expulsions de journalistes dans les deux sens. 

Donald Trump, dans sa finesse habituelle, met un point d’honneur à qualifier le Covid-19 de « virus chinois », ce qui a le don d’agacer Pékin qui a protesté ; mais le président américain a récidivé hier. Le pouvoir chinois a de son côté réécrit l’histoire et déclenché une propagande absurde pour laisser entendre que le virus venait … des États-Unis !

Tout ceci n’est ni à la hauteur de la crise sanitaire que le monde devrait traverser de manière solidaire ; ni des enjeux du monde d’après, lorsque la Chine sera nécessairement autour de la table pour reconstruire. 

Mais quelle Chine ? celle qui tend la main, ou celle qui expulse les journalistes et emprisonne ses voix dissonantes ? A moins que ça ne soit le même pays, aux deux visages.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.