Il a traité Vladimir Poutine de « tueur » et a durci encore le ton vis-à-vis de Pékin : le Président américain veut rétablir un rapport de force avec les rivaux stratégiques de l’Amérique.

Joe Biden, alors Vice-Président de Barack Obama, rencontre Vladimir Poutine à Moscou, en 2011 : les sourires ont aujourd’hui disparu.
Joe Biden, alors Vice-Président de Barack Obama, rencontre Vladimir Poutine à Moscou, en 2011 : les sourires ont aujourd’hui disparu. © AFP / ALEXEY DRUZHININ / POOL / AFP

Pendant la campagne électorale, Donald Trump l’avait surnommé « sleepy Joe », « Joe l’endormi »… Mais Joe Biden s’est assurément réveillé, et veut surtout en convaincre les deux rivaux stratégiques des États-Unis, la Russie et la Chine, qui ne le prenaient pas au sérieux.

On ne l’attendait pas ce « I do », ce « oui » d’approbation du Président des États-Unis à la question d’un interviewer : « pensez-vous que Vladimir Poutine soit un tueur ? » Poutine non plus ne s’y attendait pas, qui a aussitôt rappelé son ambassadeur, le moyen le plus immédiat de montrer sa mauvaise humeur sans rien casser.

Hier, les émissaires du Président Biden rencontraient à Anchorage, en Alaska, les représentants du numéro un chinois Xi Jinping pour un premier contact en face à face qui a démarré sur un ton de confrontation. Il n’y a même pas de communiqué commun prévu à l’issue des deux jours d’entretiens.

Alors à quoi joue Joe Biden ? Pourquoi faire le « dur » en ce début de mandat, là où on vantait précédemment son sens de la diplomatie ? Peut-être est-ce justement parce qu’il fait de la diplomatie, et qu’il a compris le contexte international dans lequel il est arrivé au pouvoir.

A Moscou comme à Pékin, l’idée dominante est que les démocraties occidentales, et notamment les États-Unis, sont faibles, divisées, en déclin. 

Pendant quatre ans, Vladimir Poutine a eu les mains libres avec un Donald Trump étonnamment passif vis-à-vis de la Russie. Sans doute fait-il remonter plus loin encore, à 2013 et à la décision de Barack Obama, dont Joe Biden était, ne l’oublions pas, le vice-président, de ne pas agir en Syrie face aux armes chimiques d’Assad, abandonnant le terrain à Poutine qui en a fait le tremplin de son retour en force.

Même chose à Pékin, où la gestion dysfonctionnelle de l’ère Trump, en particulier face à la pandémie de Covid-19, a fini de convaincre les dirigeants chinois que l’Amérique était en déclin. Après tout, après deux ans de guerre commerciale avec les États-Unis, la Chine a enregistré l’an dernier une croissance tandis que l’Amérique était en récession, absorbée par ses soubresauts internes.

C’est cette image que Joe Biden veut casser ; et imposer celle d’une Amérique qui va prochainement surmonter la pandémie, relancer son économie grâce à l’injection massive de dollars, et qui veut se faire respecter sur la scène internationale.

S’en prendre personnellement à Poutine n’est assurément pas très diplomatique, mais Joe Biden a voulu rétablir le rapport de forces. Et il l’a fait avec un langage brutal - dans un monde brutal. Le nouveau Président a notamment été ulcéré par l’ampleur de la cyberattaque sur les systèmes américains, attribuée aux Russes, et a promis de riposter.

Nous sommes entrés dans une ère de révision des rapports de force : un monde multipolaire sans règle du jeu, qui a succédé au règne sans partage de l’Amérique. Personne n’a intérêt à être « gentil » dans une telle période de fortes tensions, sous peine de perdre lorsqu’il faudra redéfinir les règles.

Alors combien de temps Joe Biden jouera-t-il au « dur » ? Aussi longtemps qu’il aura le sentiment que le message n’est pas encore passé à Moscou et à Pékin, ça peut prendre du temps…

Contact