Guerre ou paix, l’inconnue reste entière. Le plus probable est que Saddam Hussein joue le jeu des inspections. Il devrait le faire car il a eu tout le temps, depuis l’été, de fermer ses laboratoires de la mort et que la moindre tergiversation aurait des conséquences immédiates. Au premier signe de duplicité, non seulement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne interviendraient mais la Chine et la Russie les approuveraient et Jacques Chirac leur prêterait, sans doute, le concours des forces françaises. Saddam est donc d’autant plus susceptible de laisser travailler les équipes de l’Onu que, si les inspections entamées hier s’achevaient positivement, il pourrait se maintenir au pouvoir et se retrouverait, qui plus est, en situation de demander la levée des sanctions dont l’Irak est l’objet. La guerre n’est pas inévitable mais les chances qu’elle n’ait pas lieu sont pourtant minces et cela, pour deux raisons. La première est que Saddam Hussein est un récidiviste de l’erreur de calcul, trop sûr de lui et mal informé car entouré d’hommes terrifiés à l’idée de lui déplaire. Plus grave encore, il n’y aurait, à Washington, que Colin Powell, le chef de la diplomatie américaine, pour se satisfaire d’un désarmement de l’Irak. Comme les Français, les Russes et les Chinois, le secrétaire d’Etat se contenterait de priver Saddam Hussein de ses moyens de nuire mais ce n’est pas le cas de Georges Bush ni celui de son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Eux, veulent la chute de Saddam et feront tout pour l’obtenir. Le président la veut car, à défaut d’avoir mis la main sur ben Laden, il lui faut une tête, en l’occurrence celle d’un homme qui a nargué les Etats-Unis pendant douze ans et pourrait finir, un jour, par les menacer. Georges Bush veut une vraie victoire, plus probante que les bombardements de l’Afghanistan. Il veut faire un exemple et Donald Rumsfeld l’y encourage car ses conseillers et lui caressent un dessein stratégique d’une tout autre ampleur. Ils ambitionnent, eux, de se servir de l’Irak pour remodeler le Proche-Orient. Ils veulent en faire une vitrine, un modèle, dont la force d’attraction contraindrait les régimes voisins au changement et souhaitent, pour cela, transformer ce pays en une fédération de ses trois composantes, chiite, kurde et sunnite, qui toucheraient chacune leur part des revenus pétroliers. L’idée des têtes pensantes du Pentagone est d’assurer une nouvelle stabilité du Proche-Orient en y exportant, via l’Irak, le virus d’une modernité économique et politique, de s’attaquer ainsi aux vraies causes des succès islamistes, l’injustice, la pauvreté et l’identification aux Etats-Unis des régimes arabes corrompus. C’est une vision de long terme. Elle pourrait être payante si les Etats-Unis acceptaient de laisser leurs armées dans la région pour dix à vingt ans mais le problème est que Georges Bush ne serait guère enclin, une fois Saddam renversé, à prendre ce risque. Si guerre il y a, le plus probable est qu’elle laisse un chaos aux portes de l’Europe. Débarrassé de Saddam mais abandonné à ses règlements de compte, l’Irak pourrait bien plutôt devenir un facteur d’implosion que de stabilisation proche-orientale.

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