C’est un discours nécessaire que Jacques Chirac a prononcé, hier, à Londres. Entre les proclamations altermondialistes sur l’environnement, la bataille irakienne, la promotion d’une Défense européenne, le rapprochement avec la Chine, le Brésil, l’Inde, la Russie ou encore l’engagement militaire en Afghanistan, il manquait en effet à la politique extérieure de la France l’expression de la vision globale dans laquelle ces choix s’inscrivent. C’est elle que le Président de la République vient d’expliciter, en la fondant, d’abord, sur un constat. Avec la fin du communisme, dit Jacques Chirac, les démocraties et la solidarité transatlantique ont remporté leur troisième victoire en un siècle mais l’écroulement soviétique et la mondialisation de l’économie n’ont ni imposé les valeurs occidentales ni, moins encore, assuré la sécurité internationale. L’ouverture économique, poursuit-il, a sorti des centaines de millions d’hommes de la misère mais également fragilisé des sociétés entières, notamment en Afrique ; de nouveaux pôles de puissance sont apparus qu’il faut intégrer aux mécanismes de sécurité collective et, dans les régions en crise, la nostalgie du passé tient guise de refuge, nourrit le fanatisme et le dresse contre un Occident perçu comme la source de tous les maux. La mondialisation, qui plus est, menace d’épuiser les ressources planétaires en exportant le modèle de consommation occidental et porte en elle l’internationalisation des réseaux criminels, du terrorisme et des armes de destruction massive. Ce n’est donc pas, estime Jacques Chirac, « en organisant le monde selon une logique de puissance par définition instable mais en reconnaissant la réalité d’un monde multipolaire et interdépendant que nous parviendrons à bâtir un ordre international plus juste et plus sûr ». C’est la phrase clé de ce discours, le nouvel axiome d’une diplomatie française qui, depuis quinze ans, dans un monde nouveau et par tâtonnements successifs, s’est forgée dans l’action. Ce « renouveau du multilatéralisme » que la France appelle de ses vœux elle voudrait l’articuler autour d’un renforcement de l’Onu ; d’un élargissement du Conseil de sécurité ; de la création d’une « enceinte politique de gouvernance économique mondiale » ; d’un soutien aux processus d’intégration continentale qui s’affirment à l’exemple de l’Europe et autour, enfin, de « la reconnaissance de la diversité des cultures ». Sur ce point, Jacques Chirac insiste. « Nous croyons, dit-il, à l’universalité de l’aspiration à la liberté mais devons éviter toute confusion entre démocratisation et occidentalisation ». Dans cette vision, l’Union a, bien sûr, un rôle particulier à jouer, celui d’un modèle de souveraineté partagée et d’action consensuelle entre peuples interdépendants, celui, de pont, aussi, entre l’Occident et les nouveaux pôles de puissance, et cette Europe doit naturellement être, au sein de l’Alliance atlantique, d’une Alliance plus nécessaire que jamais, un partenaire à part entière, à l’égal des Etats-Unis. C’est un programme pour l’Europe que Jacques Chirac est allé énoncer à Londres et, pour l’heure, c’est sur la priorité à donner au conflit proche-oriental qu’il s’est mis d’accord avec Tony Blair.

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