C’est lent, c’est dur, c’est compliqué l’Europe. Traité de Lisbonne aidant, voilà qu’elle aura maintenant un vrai président, non plus l’un de ses Etats membres qui la préside, à tour de rôle, pour six mois mais un homme ou une femme qui l’incarne sur la scène internationale pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, pour cinq ans donc, en principe. C’est mieux. Il n’y aura plus de secrétaire d’Etat américain pour demander, comme le faisait ironiquement Henry Kissinger, qu’on lui donne le numéro de téléphone de l’Europe, mais le mieux n’est jamais que relatif dans un ensemble qui se construit en marchant, pas à pas. Contrairement à celui qui préside la France ou les Etats-Unis, ce président ne présidera pas l’Union européenne mais le Conseil européen, l’assemblée des 27 chefs d’Etat et de gouvernements. Il ne sera pas nommé par l’électorat paneuropéen qui élit, lui, les députés européens, mais par ce conclave des dirigeants des Etats qui se réunissent ce soir à cet effet et dont la préoccupation n’est pas de choisir une personnalité forte, charismatique, si active et présente qu’elle puisse leur faire de l’ombre. Jaloux de leur pouvoir et de leur aura personnelle, soucieux, surtout, de ne pas laisser l’Union prendre le pas sur ses Etats membres dont ils veulent préserver les prérogatives, ils cherchent bien plutôt un président de séance, un chairman dirait-on en anglais, qu’un président tout court. Il leur faut donc trouver à la fois quelqu’un qui ne fasse pas large tout en n’étant pas insignifiant ; venant si possible d’un petit pays pour qu’aucune des puissances européennes ne semble mettre la main sur l’Union ; plutôt quelqu’un du nord car le président de la Commission vient du sud et un conservateur puisque la majorité du conseil est de droite et que, par souci d’équilibre, le poste de Haut représentant, de ministre des Affaires étrangères de l’Union, ira à une personnalité de gauche. Comme toujours, on cherche, en un mot, un plus petit commun dénominateur et, comme d’habitude, on le cherche dans d’obscures tractations entre Etats dont l’opacité ôte d’avance toute vraie légitimité au futur élu. La France et l’Allemagne vont peut-être limiter la casse en soutenant un candidat commun mais, tant que les Etats membres, et une très large partie de l’opinion européenne derrière eux, n’auront pas renoncé à la suprématie des Etats dans l’Union, on en restera toujours à ces maquignonnages, plus ou moins risibles, tristement risibles. Tant qu’il n’y aura pas un mouvement de fond, dans les opinions comme parmi les élus, en faveur d’un pouvoir européen procédant de l’électorat paneuropéen, l’Union ne sera pas une vraie démocratie, proche de ses citoyens parce qu’il pourront y peser vraiment et comprendre son fonctionnement. Comme dans toute fédération, il y aura toujours deux pouvoirs dans l’Union, pouvoir fédéral et pouvoir des Etats. C’est logique mais, que ce soit à travers l’élection d’un président au suffrage universel ou de la Commission par le Parlement, comme dans toute fédération, les citoyens européens devraient pouvoir désigner un exécutif européen, président ou gouvernement.

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