D’ordinaire, on ne voit cela qu'aux enterrements. Républicains et démocrates, tous les grands noms de la politique étrangère américaine étaient réunis, hier, autour de Barack Obama afin de soutenir l’appel qu’il a lancé aux sénateurs républicains pour leur demander, les supplier presque, de ratifier sans attendre le nouveau traité de réduction des armements stratégiques qu’il a conclu avec la Russie. Il y avait là Henry Kissinger, pape de la diplomatie américaine et secrétaire d’Etat de Richard Nixon, James Baker, secrétaire d’Etat de Georges Bush père, ainsi que la secrétaire d’Etat et deux secrétaires à la Défense de Bill Clinton, Madeleine Albright, William Cohen et William Perry. Deux sénateurs, de poids, le démocrate John Kerry et le républicain Richard Lugar, étaient également présents car l’enjeu est de taille. Ce nouveau traité Start ne prévoit en effet pas seulement une réduction de 30% du nombre de têtes nucléaires détenues par les deux pays et l’élargissement des mesures de contrôle de leurs arsenaux respectifs par chacun d’entre eux. Cela serait déjà beaucoup mais, bien au-delà de ça, la signature de ce traité symbolise surtout le réchauffement des relations entre Washington et Moscou qui s’étaient considérablement dégradées sous Georges Bush. C’est grâce à ce redémarrage, « reset » en anglais, voulu par Barack Obama que les Etats-Unis avaient pu obtenir le soutien de la Russie face aux ambitions nucléaires de l’Iran et une aide logistique russe tout à fait capitale dans la guerre d’Afghanistan. La Russie y avait gagné de son côté le soutien des Etats-Unis à son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce. Les deux superpuissances de la Guerre froide commençaient ainsi à marcher main dans la main sur la scène internationale et ce changement – ce n’est pas sa moindre importance – favorisait une évolution de la scène politique russe. Il renforçait la position du successeur de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev qui, dès son élection, avait souhaité un rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis car il considère que c'est là qu'est la clé d’une modernisation économique et d’une libéralisation politique de son pays. Plus ce réchauffement américano-russe se concrétisait et portait ses fruits, plus Dmitri Medvedev marquait des points au Kremlin et voyait grandir ses chances de se succéder à lui-même et d’appliquer les réformes qu’il appelle de ses vœux. A tous points de vue, ce traité est la clé de voute d’une stabilisation de la scène internationale. Sa « ratification est un impératif de sécurité nationale » a déclaré Barack Obama au milieu de cet aréopage de vieux routiers de la diplomatie mais, pour l’heure, les sénateurs républicains traînent les pieds pour trois raisons. Ils ne veulent pas que le président puisse engranger le moindre succès. Ils préfèrent attendre que siège leur nouvelle majorité issue des élections du 2 novembre afin de pouvoir négocier en position de force. Ils ne sont pas du tout sûrs, enfin, de vouloir poursuivre ce rapprochement avec la Russie qui leur semble trop relever du compromis et auquel ils préféreraient une réaffirmation de l'unilatéralisme américain – une illusion dont le monde entier pourrait pâtir.

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