C’est dans leurs langues respectives qu’il a dit l’amitié de la France aux Israéliens puis aux Palestiniens. Il s’est incliné, en Israël, devant la tombe d’Yitzhak Rabin et, en Palestine, devant celle de Yasser Arafat. François Hollande a su, en un mot, se faire aussi bien accueillir et apprécier par ces deux peuples en conflit mais était-ce pour autant là, comme on l’a beaucoup entendu depuis hier, un numéro d’« équilibriste » ?

Non. Il y a dans ce mot quelque chose d’ironique et condescendant qui ne rend pas compte de l’extrême précision et de l’inflexion aussi des messages délivrés à Ramallah et Jérusalem où François Hollande n’a pas fait que redire la position de la France. Il a bien sûr répété que la colonisation (celle des Territoires occupés) devait cesser » et qu’un « règlement négocié » devait conduire à la « coexistence des Etats d’Israël et de Palestine ayant tous deux Jérusalem pour capitale ».

Il a autrement dit rappelé aux Israéliens une exigence essentielle à la réaffirmation de laquelle les Palestiniens ne pouvaient qu’être aussi sensibles qu’à l’hommage rendu à l’homme, Yasser Arafat, qui a su rappeler au monde et légitimer les droits de son peuple. La France, a ainsi dit son président aux Palestiniens, soutient votre droit à un Etat qui doit être « viable » mais François Hollande n’en est pas resté là. Se voulant, pour le citer, « utile à la paix », il a également reconnu la légitimité du rêve sioniste en allant s’incliner aussi devant la tombe de Théodore Herzl, l’utopiste, le visionnaire qui avait conçu, il y a plus d’un siècle, l’idée d’un Etat pour les Juifs, celui qu’Israël est aujourd’hui devenu.

C’était dire qu’Israël avait des droits sur cette terre, qu’Israël est autre chose qu’une colonisation, qu’il est le fruit d’une très longue histoire et de très longues tragédies, celles d’un peuple martyr et longtemps resté sans terre. En direction d’Israël, François Hollande a fait ainsi beaucoup plus que redire son droit à l’existence. Vous n’êtes pas seulement une réalité, un fait accompli, lui a-t-il dit. Israël, a-t-il implicitement affirmé, est aussi l’accomplissement d’un destin et ce « geste » qu’il a demandé aux Palestiniens sans en préciser le contenu ne pouvait ainsi qu’être la reconnaissance non plus simplement d’Israël en tant qu’Etat mais aussi des droits historiques qu’il a fait valoir ou prévaloir sur cette terre qu’il lui faut, bien sûr, partager aujourd’hui.

C’est à une demande fondamentale des Israéliens que François Hollande a appelé les Palestiniens à se résoudre. Jamais la France ne l’avait fait. François Hollande a refait hier de la France, et avec elle de l’Europe, un possible médiateur dans ce conflit et le moment choisi n’était pas neutre. Il l’a fait à deux jours de la reprise des discussions nucléaires entre les grandes puissances et l’Iran, pays vis-à vis duquel la France a adopté une fermeté à laquelle les Israéliens, tout comme les Saoudiens, reprochent aux Américains d’avoir maintenant renoncé.

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