C’est un dossier dans lequel la logique ne commande pas. Les présidents américain et iranien sont l’un et l’autre tellement désireux d’arriver à un compromis sur le programme nucléaire conduit par Téhéran que logiquement, normalement, ce devrait être fait dans les cinq jours à venir, d’ici au 24 novembre, la date butoir que les grandes puissances et la République islamique se sont fixée.

Barack Obama le souhaite parce qu’il aurait besoin d’un vrai grand succès diplomatique pour se remettre en selle et qu’un rapprochement avec l’Iran lui permettrait, surtout, d’envisager l’organisation d’un front commun contre les égorgeurs de l’Etat islamique, des fanatiques sunnites totalement hostiles aux chiites que sont les Iraniens. Hassan Rohani, le chef de l’Etat iranien, ne le souhaite pas moins parce qu’il veut obtenir la levée des sanctions économiques pesant sur son pays et qu’il a été triomphalement élu pour cela, en juin 2013.

Non seulement il y a une volonté politique d’aboutir, à Washington comme à Téhéran, mais il n’y a en fait que deux marchandages à conclure. Le premier porte sur le niveau auquel seraient limitées les capacités nucléaires de l’Iran afin qu’il lui faille un vrai délai, plusieurs mois, un an ou plus, pour passer de la possibilité de se doter de la bombe à sa fabrication réelle. Ce qui se joue là est le temps qui serait laissé à une réaction internationale et le second marchandage porte sur le rythme de la levée des sanctions économiques en cas d’accord, un rythme qu’Hassan Rohani, bien sûr, voudrait extrêmement court.

Logiquement parlant, il n’y a, rien là d’insurmontable sauf… Sauf, d’abord, que plus ces deux hommes se feront de concessions pour arriver à un accord leur permettant de se présenter en vainqueurs dans chacun de leurs pays, plus ces concessions seront critiquées dans leur propre capitale. A Téhéran, les durs et le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, pourraient alors accuser Hassan Rohani d’avoir bradé les droits nucléaires de l’Iran et refuser un accord dont ils craignent, au fond, qu’il n’ouvre la voie à une libéralisation du régime. A Washington, le Congrès majoritairement républicain depuis le 4 novembre, ne fera aucun cadeau à Barack Obama. Les Congrès dénoncera tout accord comme une dangereuse trahison des intérêts de sécurité des Etats-Unis et ce n’est pas tout.

La Russie veut un accord car elle est hostile à la prolifération nucléaire mais ne veut pas plus prêter la main à la Maison-Blanche que voir le pétrole iranien revenir sur le marché mondial et faire encore baisser les cours du sien. Les Israéliens ne veulent pas entendre parler de concessions à l’Iran qui est à leurs yeux une menace existentielle. Les Saoudiens sont tout aussi méfiants car ils craignent un retournement d’alliance des Etats-Unis en faveur de l’Iran et la France, enfin, est sur le frein car elle se vit aujourd’hui comme un meilleur défenseur des intérêts occidentaux que Barack Obama.

Si ce n'est pas perdu, ce n’est pas gagné non plus et, s’il faut encore repousser la date butoir, c’est l’enlisement qui menacera et le chaos proche-oriental qui en sera attisé.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.