Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Il ne serait, autrement dit, ni honteux, ni même risible qu’après les tueries de vendredi soir, François Hollande ait infléchi ou modifié sa politique syrienne mais, est-ce bien le cas ?

Comme beaucoup d’autres, à gauche et à droite, Nicolas Sarkozy le pense. Il le disait hier dans Le Monde en parlant d’un « spectaculaire revirement de politique étrangère » mais les faits sont pourtant que le Président français ne s’est rapproché de la Russie qu’après elle ait revu sa politique syrienne du tout au tout et qu’il considère toujours qu’un règlement de paix syrien ne peut pas passer par un maintien au pouvoir deBachar al-Assad .

Lorsque Vladimir Poutine est intervenu en Syrie, il avait deux fers au feu. Il pouvait soit tenter de rasseoir le président syrien dans la plénitude de ses pouvoirs perdus soit profiter du retour de la Russie au Proche-Orient, du fait nouveau qu’il créait, pour faciliter un compromis de paix et revenir à la table des grands en finissant par abandonner son allié de Damas.

C’est le premier de ces deux objectifs qu’il a d’abord poursuivi. Il a systématiquement bombardé les positions de l’insurrection syrienne qu’il qualifiait en bloc de « terroriste » et s’est totalement gardé d’attaquer celles de Daech. C’était cohérent puisqu’il voulait pouvoir dire bientôt au monde que c’était Daech ou le régime en place et sauver ainsi Bachar al-Assad en rendant le choix incontournable.

Le problème est que malgré le soutien aérien de la Russie et l’appui que les Iraniens leur apportaient au sol, les troupes syriennes n’ont pas su regagner un pouce de terrain. Il s’est avéré à Moscou que Bachar al-Assad n’était plus une carte jouable et qu’à s’obstiner à vouloir en refaire ce qu’il n’était plus, la Russie allait de surcroît se mettre à dos l’ensemble des pays sunnites.

Vladimir Poutine a donc changé de pied en se rapprochant des États-Unis pour mettre en route un processus de paix devenu celui de Vienne. La Russie a d’ores et déjà accepté à Vienne, comme l’Iran d’ailleurs, l’organisation de négociations directes entre le régime et l’insurrection visant à une fédéralisation de la Syrie et à des élections incluant les millions d’exilés qui ne voteront certainement pas Bachar al-Assad.

La Russie ne l’a pas lâché non, mais elle a accepté le principe d’un scrutin qui l’éliminerait par la voie des urnes, elle ne rejette plus l’insurrection comme globalement « terroriste » et bombarde désormais Daech à tout va.

Si ce n’est pas un revirement russe, deux et deux font cinq, et c’est, une fois acquis ce revirement de Vladimir Poutine dont il faut évidemment se féliciter, que François Hollande lui a tendu la main, lundi, en proposant la grande coalition anti-Daesh que l’on sait. Il n’a pour autant pas renoncé, pas plus que les pays sunnites, les États-Unis et les autres Européens, au départ de Bachar al-Assad dont il n’est plus nécessaire de faire un objectif immédiat maintenant qu’il s’inclue naturellement dans le processus de Vienne.

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