Ariel Sharon comme la France, ils en avaient tous les deux besoin. Très fragilisé sur la scène politique israélienne, lâché par des pans entiers de son propre parti, le Likoud, qui s’oppose à son plan de retrait unilatéral de la Bande de Gaza, Ariel Sharon avait besoin de retrouver une crédibilité internationale, de montrer que Georges Bush et Vladimir Poutine ne sont pas ses seuls soutiens, afin de pouvoir aborder en meilleure position ses négociations avec les Travaillistes qu’il voudrait faire, maintenant, revenir au gouvernement. La France, de son côté, avait besoin de retrouver un langage commun avec Ariel Sharon car elle considère qu’il est plus urgent que jamais de relancer le processus de paix israélo-palestinien pour priver le terrorisme de son meilleur terreau, qu’elle veut, pour cela, pouvoir faire l’unité de l’Europe sur cette question et qu’on ne peut pas œuvrer à la paix sans être en bons termes avec les deux parties. Dès lors que les intérêts convergeaient, nécessité a fait loi. Non seulement la visite que le ministre français des Affaires étrangères effectue en Israël est inhabituellement longue, deux entières journées, mais Michel Barnier a été reçu, hier, pendant près d’une heure par Ariel Sharon après un entretien avec le chef de l’Etat, Moshé Katzav, et avant des conversations approfondies avec son homologue israélien, Sylvan Shalom. C’est le grand jeu, la grande réconciliation après une difficile période de tensions, mais la France et le Premier ministre israélien ne font que semblant de parler la même langue. Pour la France, ce plan de retrait de retrait de Gaza que Michel Barnier a qualifié de « courageux » ne doit être qu’une première étape dans l’application de la « Feuille de route », le plan de paix global soutenu par les Etats-Unis, l’Europe, la Russie et l’Onu. Il doit, autrement dit, n’être qu’une prémisse d’un retrait global et négocié des Territoires occupés menant, à brève échéance, à la coexistence de deux Etats bénéficiant, l’un et l’autre, de frontières sûres et reconnues. Pour Ariel Sharon, c’est moins clair. Sans officiellement répudier la Feuille de route, le Premier ministre israélien considère, dans les faits, qu’elle n’est, pour l’instant, pas applicable car elle demanderait un interlocuteur palestinien qui ne saurait être, à ses yeux, Yasser Arafat. Pour un temps au moins, Ariel Sharon n’envisage en pratique que de rendre Gaza et une partie de la Cisjordanie aux Palestiniens, celle qui se situera au-delà du Mur. Les deux démarches ne sont pas les mêmes mais comme Ariel Sharon ne sortirait de l’ambiguïté qu’à son détriment international et que le maintien des colonies à Gaza n’apporte que des difficultés à Israël, comme il veut vraiment se retirer de Gaza, la France parie, elle, comme l’ensemble de l’Europe et comme Shimon Pérès, sur la dynamique que ce premier pas pourrait enclencher. Elle voudrait que l’Europe s’engage, avec l’Egypte, dans la stabilisation de Gaza après le retrait israélien, que l’Union prenne ainsi pied dans la région, et Ariel Sharon, à bout de souffle, y verrait plus d’avantages que d’inconvénients. Si l’Europe peut l’aider à sortir de l’impasse, personne n’y perdrait.

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