Un public choisi l’entourait et l’a chaleureusement applaudi. Georges Bush a dédié cette loi anti-terroriste aux victimes du 11 septembre et estimé qu’il était « rare, pour un Président, de pouvoir signer une loi dont il sache qu’elle sauverait des vies américaines ». C’était une belle cérémonie, parfaitement ordonnée, mais c’est un triste moment, un moment de honte absolue, que les Etats-Unis viennent de vivre, avant-hier, dans les salons de la Maison-Blanche. Un pays qui s’est identifié à la liberté a fait entrer dans sa loi la possibilité de détenir des suspects sans décision de Justice et de leur interdire de contester devant les tribunaux les conditions et la durée de leur incarcération. Un pays qui s’est fondé sur le droit a promulgué une loi d’exception visant « les ennemis combattants illégaux », autrement dit tout personne que ses services secrets définiraient comme tel. La plus riche et la plus puissante des démocraties du monde vient de s’arroger le droit de s’affranchir des Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre dont elle est, pourtant, signataire, de faire juger par des tribunaux militaires et défendre par des avocats qui le seront aussi les personnes qu’elle considère suspectes de terrorisme, de les poursuivre sur la base de preuves pouvant rester secrètes et d’accusations formulées par des personnes pouvant rester anonymes. Les Etats-Unis viennent, en un mot, de légaliser Guantanamo et les prisons secrètes de la CIA, de faire entrer l’arbitraire, les oubliettes et les lettres de cachet dans leur arsenal législatif et de bafouer la séparation des pouvoirs, fondement de toute démocratie. Ce mardi 17 octobre 2006 restera comme une date noire dans l’histoire de la démocratie américaine mais, d’ores et déjà, c’est un jour de fête pour toutes les dictatures du monde et de deuil pour toutes leurs victimes car comment, après une telle loi, les Etats-Unis pourront-ils, demain, défendre les libertés où que ce soit ? Et comment les autres démocraties le pourront-elles alors que la plus grande d’entre elles vient de légaliser la détention arbitraire ? Après avoir tant contribué à la déstabilisation du monde, Georges Bush vient de déshonorer l’Amérique et la démocratie mais reste une question. Pourquoi s’était-il tant battu pour faire voter cette loi par sa majorité et s’est-il tant hâté de la promulguer dans un tel faste alors que l’objectif de ces détentions arbitraires avait été de pouvoir faire torturer et que le Congrès, contre la Maison-Blanche, a interdit, il y a un an, toute forme de torture par tout citoyen américain ? La réponse est que Georges Bush et ses conseillers jugeaient essentiel de faire revenir la lutte contre le terrorisme sur le devant de la scène à trois semaines exactement d’élections parlementaires qui s’annoncent extrêmement difficiles pour les Républicains. On ne sait plus ce qu’il y a de pire – cette loi ou l’effarante petitesse de ces calculs.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.