Cela s’est produit dans un pays de 160 millions d’habitants, le Pakistan, doté de l’arme atomique et limitrophe, entre autres, de l’Afghanistan, de l’Iran et de l’Inde avec laquelle il est en guerre rampante depuis soixante ans. Deux fois Premier ministre dans les années 90, éduquée en Grande-Bretagne et fille d’un ancien chef du gouvernement pendu par des généraux putschistes, Benazir Bhutto rentrait hier dans son pays après huit ans d’exil. Une immense foule l’attendait à Karachi. Au pied de l’avion, Mme Bhutto n’a pu retenir ses larmes. La ville était en liesse. « Bibi » comme on l’appelle de ses deux initiales prononcées à l’anglaise, est montée à bord d’un camion. Une longue procession s’est ébranlée, fendant en première cette marée humaine et, soudain, deux explosions ont retenti, simultanées, de chaque côté du véhicule. Des membres déchiquetés ont volé de tous les cotés. Deux kamikazes venaient de se faire exploser et, dans une indescriptible panique, le décompte des victimes s’est alourdi de quart d’heure en quart d’heure jusqu’à atteindre, aux dernières nouvelles, 000 morts et 000 blessés. Bibi est sauve mais le Pakistan, pièce maîtresse du dispositif américain dans le monde arabo-musulman, est maintenant au bord du chaos. Ce retour de Benazir Bhutto, c’était l’espoir d’une stabilisation. Après de longs mois de négociations, l’ancien Premier ministre était parvenue à un accord politique avec l’actuel Président, le général Musharraf, qui s’était saisi du pouvoir, en 1999, par la force d’un coup d’Etat. A eux deux, ils allaient pouvoir remporter les élections législatives de janvier prochain et contrer la puissante alliance des mouvements islamistes, très liés à al Qaëda et aux Taliban afghans. Cet accord, les Etats-Unis l’avaient voulu, promu, presque imposé à l’armée et à Bibi car ils voyaient dans, la première, le garant de l’ordre et, dans la seconde, l’incarnation d’un retour à la démocratie. Le calcul était que Pervez Musharraf resterait chef de l’Etat tandis que Benazir Bhutto, portée par la popularité de son parti, prendrait la tête du gouvernement. Leur cohabitation ne s’annonçait pas facile, d’autant plus difficile en fait qu’ils se haïssent et qu’un immense mouvement de contestation démocratique, hostile au général Président, travaille tout le pays depuis le printemps dernier mais, bon an, mal an, c’était l’espoir, plutôt raisonnable, de Washington. Cette tentative d’assassinat peut renforcer encore le prestige de Bibi. Tout n’est peut-être pas perdu mais le résultat de cet attentat, immédiatement attribué par le mari de Mme Bhutto aux services secrets de l’armée, un Etat dans l’Etat, va décupler la défiance entre ces improbables alliés. Tandis que les militaires feront vraisemblablement porter, et peut-être pas à tort, les soupçons sur les islamistes, les partisans de Benazir Bhutto soupçonneront, eux, une tentative de proclamer l’état d’urgence. La situation devient extrêmement aléatoire et cela au moment même où al Qaëda vient de désigner le Pakistan comme sa cible prioritaire et où les taliban redressent la tête au nord et à l’ouest, en Afghanistan.

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