Au sud-est du pays, le Baloutchistan est une province iranienne, limitrophe du Baloutchistan pakistanais. C’est là qu’un attentat contre les Gardiens de la révolution, le bras armé du régime, la force militaire qui tend à prendre le pas sur le clergé, a fait 42 morts dont plusieurs haut gradés et le général Shoustari, patron d’un corps d’élite en charge des opérations étrangères et du soutien aux mouvements libanais et palestinien liés à l’Iran. Pour le régime, c’est une gifle que les Gardiens ont aussitôt promis de venger de façon « dévastatrice ». C’est une humiliation que le président de la République en personne, Mahmoud Ahmadinejad, a qualifiée de « crime contre l’humanité » dont « nous allons, a-t-il dit, nous occuper sérieusement » mais, question, qui était derrière cet attentat ? La réponse est, a priori, claire puisqu’il a été revendiqué, affirme la presse iranienne, par les Jundollahs, petit groupe terroriste extrêmement actif depuis quatre ans et qui dit lutter contre le « génocide » dont serait victime la population baloutche, minorité sunnite effectivement tenue en suspicion par ce pays à majorité chiite. Les Jundollahs, les Soldats de Dieu, ont déjà plusieurs coups de main spectaculaires à leur actif dont, en décembre 2005, une tentative d’assassinat de Mahmoud Ahmadinejad durant une visite au Baloutchistan et un attentat kamikaze contre une mosquée chiite de cette province qui avait fait 25 morts, le 28 mai dernier. La cause parait entendue mais les Gardiens de la révolution et l’état-major de l’armée nationale ont très vite accusé, hier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne de soutenir les Jundollahs qu’ils « organisent, ont-il dit, aident et équipent ». Il y a là une part de vérité car, au milieu de cette décennie, au moment même où les Jundollahs sont passés à l’action, plusieurs services occidentaux avaient entrepris de déstabiliser le régime de Téhéran en aidant les minorités iraniennes, notamment baloutche, vivant aux frontières du pays. Il est difficile de savoir jusqu’à quel point cette stratégie a réellement été développée mais, en tout état de cause, il serait très peu vraisemblable que les services britanniques ou américains soient derrière l’attentat d’hier puisque les Etats-Unis, dans l’espoir d’arriver à un compromis avec l’Iran, viennent de couper les budgets dévolus à la propagande politique destinée à la population iranienne et que les Occidentaux sont suspendus au rendez-vous qu’ils ont aujourd’hui, à Vienne, avec des représentants de Téhéran qui doivent y préciser les ouvertures faites à Genève, au début du mois, par leur gouvernement. Si les Jundollahs n’ont pas agi seuls, c’est bien plutôt du côté des taliban pakistanais et afghans qu’il faudrait regarder. Pour gagner l’Europe, le trafic de drogue dont ils vivent passe par le Baloutchistan où il se heurte à la police iranienne. Ce sont eux, surtout, qui auraient toute raison de s’inquiéter d’une éventuelle détente entre les Etats-Unis et l’Iran qui pourraient, alors, œuvrer ensemble, contre les taliban, dans la bataille afghane.

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