C’est un échange dont s’enorgueillissent tout autant les deux parties qui l’ont négocié. En accueillant hier Gilad Shalit sur une base militaire israélienne, Benjamin Netanyahu a estimé qu’il avait « accompli sa mission » en obtenant la libération de ce jeune conscrit, enlevé il y a cinq ans par les islamistes du Hamas qui le détenaient depuis sur la Bande de Gaza dans le plus total isolement.

C’était une belle journée pour le Premier ministre dont la décision est approuvée par l’immense majorité des Israéliens et, en face, la satisfaction des dirigeants du Hamas n’est pas moins grande. Pour eux, la fierté est d’avoir ainsi pu faire élargir 1027 prisonniers palestiniens – 477 dès hier, les autres sous deux mois– et de pouvoir, surtout, prendre argument de cet accord pour proclamer qu’ils ont « vaincu les Israéliens » car « les négociations appuyées par la force ont obligé l’ennemi à payer son dû ».

Bien que des voix s’élèvent en Israël pour juger l’échange par trop inégal, Benjamin Netanyahu a su créer un moment d’unanimité nationale dont l’émotion lui profite. La joie suscitée dans toute la Palestine par le retour de prisonniers souvent condamnés à de lourdes peines bénéficie tout aussi pleinement aux islamistes mais, en cette journée, le Premier ministre et le Hamas évoquaient irrésistiblement, tristement, l’aveugle et le paralytique.

Jamais Israël n’a été aussi isolé sur la scène internationale. Il n’y a plus de pays au monde, pas même les Etats-Unis, qui ne condamnent la constante extension des colonies dans les Territoires occupés car en la poursuivant, le gouvernement le plus à droite qu’ait connu Israël ne fait pas que violer le droit international. Il bloque aussi toutes les tentatives de relance du processus de paix à laquelle l’appellent, pourtant, l’Amérique, l’Europe et l’ONU et la raison en est claire. Benjamin Netanyahu se refuse à prendre le risque de la paix parce qu’il ne croit pas les Palestiniens prêts à la coexistence pacifique de deux Etats, qu’il est convaincu que les islamistes prendraient vite le contrôle d’une Palestine indépendante et que la Cisjordanie deviendrait alors, comme Gaza hier, une base de lancement de missiles contre son pays. C’est délibérément qu’il torpille donc tous les efforts de paix sans voir, dans sa cécité, qu’il donne ainsi raison aux islamistes, affaiblit toujours plus les Palestiniens partisans d’un compromis, enterre la solution à deux Etats et condamne, par là, Israël à finir par réoccuper tous les Territoires, à se mettre au ban du monde et à se placer devant l’alternative mortelle d’avoir à organiser un apartheid de fait ou à devenir un Etat binational dans lequel les Palestiniens seraient vite majoritaires.

Quant aux islamistes, malgré leurs rodomontades et le détestable slogan – « Le peuple veut un nouveau Gilad » – qu’ils faisaient scander hier, leur jusqu’auboutisme n’a pas fait avancer d’un millimètre la cause palestinienne, les a enfermés dans la nasse de Gaza et totalement paralysés car ils ne peuvent plus rien y faire et même plus se vanter de pouvoir bombarder Israël. Il est bien que Gilad Shalit et ce millier de prisonniers soient libres. Tant mieux, bien sûr, mais la vérité politique est que l’aveugle vient de s’appuyer sur le paralytique, l’intransigeance sur l’intransigeance.

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