L’événement est qu’il n’y en avait pas. Contrairement à tous ceux qui l’avaient précédé depuis le krach de Wall Street en 2008, le Conseil européen d’hier soir n’était pas un « sommet de la dernière chance », pas un drame haletant où se jouait la survie de l’Union et de sa monnaie unique, mais une réunion de travail parfaitement normale et sans grand suspens.

Comme prévisible la France et l’Allemagne ont rapidement trouvé un compromis sur la question de la supervision bancaire et l’ont ensuite proposé au Conseil qui s’y est rallié. Angela Merkel a finalement accepté que ce soit toutes les banques européennes, y compris les banques régionales allemandes, qui soient soumises à un contrôle qu’il faut bien qualifier de fédéral et François Hollande a accepté, pour sa part, que la mise en place de cette supervision ne soit pas effective au 1ier janvier mais étalée sur l’année 2013 après que son cadre légal aura été défini par le Conseil de la fin décembre.

L’Union s’achemine ainsi bel et bien, et plus vite que prévu, vers une union bancaire dans laquelle tous ses établissements financiers seront soumis à un contrôle commun chapeauté par la Banque centrale européenne qui deviendra garante, en dernier ressort, de dépôts bénéficiant par là de la double protection des Etats et de l’Union.

Parallèlement, autre grand sujet de ce Conseil, l’Union et la zone euro ont accordé un satisfecit particulièrement chaleureux à la Grèce dont le maintien dans la monnaie unique ne paraît désormais plus en question et en faveur de laquelle une nouvelle tranche d’aide devrait être bientôt débloquée.

Les manifestants qui avaient envahi, au même moment, les rues d’Athènes pour protester contre le prix social de cette aide n’en remercieront pour autant pas l’Union. Ce sauvetage de la Grèce laisse un goût amer car l’austérité à laquelle il a été conditionné est brutale, excessive, presque inhumaine, et laisse ce pays sans grands moyens de rebondir avant longtemps.

Il n’y a rien là, d’exemplaire mais d’un autre côté, l’Union a consenti à aider financièrement l’un de ses Etats alors même que ses traités avaient interdit cette solidarité pour éviter que l’euro ne devienne le parapluie à l’abri duquel une capitale pourrait laisser filer ses comptes publics. Sans aide européenne, le sort de la Grèce aurait été bien pire encore et, non seulement l’Union a préféré là son unité à ses traités mais elle a créé, dans la foulée, des mécanismes permanents de solidarité dont l’union bancaire n’est que l’un des fruits.

Dans cette crise, l’Union a si bien resserré ses rangs et enfin pris conscience de l’impossibilité d’avoir une monnaie unique et autant de politiques économiques que d’Etats au sein même de la zone euro que le cap de l’union politique est maintenant pris. Ce sera l’objet du prochain Conseil qui devrait commencer à en jeter les bases en décembre.

La certitude est que la zone euro va progressivement s’affirmer en Union dans l’Union, entamer l’harmonisation de ses politiques et, peut-être, se doter d’un budget propre. Le tournant qui s’amorce est si profond que, sous quelques années, toutes les institutions de l’Union et sa nature même seront à repenser.

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