Elle a été révélée au monde lors de l’attaque terroriste de Christchurch en 2019, puis de nouveau pendant la crise sanitaire : les électeurs ont plébiscité cette femme social-démocrate pour un nouveau mandat. Une victoire éthique rassurante dans ce monde polarisé.

La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern à l’annonce du triomphe électoral de son Parti travailliste, qui se retrouve avec la majorité absolue au Parlement. Un succès personnel pour cette femme de 40 ans.
La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern à l’annonce du triomphe électoral de son Parti travailliste, qui se retrouve avec la majorité absolue au Parlement. Un succès personnel pour cette femme de 40 ans. © AFP / MICHAEL BRADLEY / AFP

Il y a une bonne nouvelle dans l’actualité internationale : la victoire de l’éthique en politique ! Pas partout, évidemment, ça se saurait ; mais aux antipodes, en Nouvelle Zélande, où la Première ministre, Jacinda Ardern, a été réélue ce weekend avec le plus gros score d’une majorité sortante depuis plus d’un demi-siècle.

Certes, la Nouvelle Zélande, ce sont cinq millions d’habitants et sept fois plus de moutons, dans un archipel isolé du Pacifique ; mais la première ministre a dû faire face aux mêmes fléaux que le reste du monde, le covid-19 et le terrorisme. Et elle a réussi les deux tests.

Le coronavirus a été jugulé en Nouvelle Zélande au prix d’un confinement sévère, et de contrôles draconiens. Tout au long de la crise, Jacinda Ardern a été le visage rassurant d’une gestion efficace et transparente, ça pèse lourd dans son succès.

Le fait d’être des îles permet évidemment de filtrer les déplacements, et le pays s’en sort, à ce jour, avec une vingtaine de victimes seulement. Hier, un nouveau cas a été détecté pour la première fois en trois semaines, et le foyer a été aussitôt isolé. Résultat, la vie est presque redevenue normale, même si l’économie est en récession.

Pour le terrorisme, souvenez-vous, c’était en mars 2019 : un suprémaciste blanc australien ouvre le feu sur des fidèles en prière dans des mosquées de Christchurch, la troisième ville du pays, tuant 51 personnes. L’assaillant se filme en direct sur Facebook, et son acte est relayé par des groupes partageant son idéologie.

Le monde découvre alors Jacinda Ardern et l’empathie dont elle a fait preuve, qui a permis à la Nouvelle Zélande de traverser cette épreuve sans les tensions, la polarisation, les risques de division inhérents à un tel drame. 

Elle réconforte les familles des victimes, rassure ses concitoyens, mais interdit les armes automatiques qui étaient encore en vente, et lance une croisade contre les grandes plateformes numériques jugées trop laxistes. Un sans-faute reconnu dans le monde entier.

Jacinda Ardern est le contraire d’une « Dame de fer » ; elle allie l’empathie, dont cette femme sociale-démocrate de 40 ans ne manque pas, et la fermeté et l’efficacité qui sont attendus en période de crise. A ce titre, elle a su convaincre sans rien lâcher sur ses valeurs ou celles du pays, et les électeurs en nombre record lui ont fait confiance.

Avec toutes les limites de la comparaison avec un pays aussi singulier que la Nouvelle Zélande, il y a quelque chose de simple et rassurant dans le parcours de Jacinda Ardern. 

Dans ce monde où la polarisation et l’impossibilité de débats sereins devient la norme, le pire exemple nous venant de la campagne électorale américaine ; la première ministre n’a pas réinventé la politique ; elle l’a faite de manière humaine, à hauteur d’homme, se payant même le luxe d’accoucher pendant son mandat.

Les Néo-Zélandais ironisaient depuis deux ans que leur première ministre était plus populaire dans le vaste monde que chez elle ; sa victoire retentissante montre qu’il n’en est rien, et que, en 2020, on peut encore gagner des élections sans faire de populisme.

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