« Il faut, disait hier Tony Blair, maintenir la pression sur l’Irak pour que les inspecteurs de l’Onu y retournent réellement et puissent faire leur travail ». Cette courte phrase est importante car si, comme souvent, la Grande-Bretagne esquissait là la position américaine, il y aurait une vraie chance que la paix l’emporte sur la guerre, les diplomates sur les armes, la concertation internationale sur l’action unilatérale des Etats-Unis. Car enfin si le problème n’est plus que de « prendre Saddam aux mots », comme le souhaite la France, s’il s’agit seulement de s’assurer qu’il fasse bien ce qu’il a déclaré vouloir faire lundi, alors la voie est simple. Il faut que le Conseil de sécurité adopte une nouvelle résolution, claire, ferme, réitère et précise encore les conditions de pleine ouverture dans lesquelles les inspections devraient se dérouler et il n’y aura plus, ensuite, qu’à juger sur pièces. Ou bien Saddam tient parole, ce qui serait nouveau mais pas impossible car tel serait son intérêt, ou bien ce n’est pas le cas et il y aurait alors toute raison de laisser parler les armes, de faire usage de la force car le dirigeant irakien aurait lui-même prouvé qu’il avait bel et bien des choses à cacher, des projets d’armement auxquels le monde devrait évidemment mettre terme. Dans les deux hypothèses, la raison aurait prévalu, la concertation et la loi internationales auraient été respectées mais peut-on vraiment y croire ? N’est-ce pas trop beau pour être vrai ? C’est la question car si les Etats-Unis se rangeaient à la position exprimée par Tony Blair, ils renonceraient de fait, ils en prendraient en tout cas le risque, à ce qui est leur objectif premier, le renversement de Saddam, l’installation d’un régime ami à Bagdad et le changement de donne, pétrolière et proche-orientale, qu’ils en escomptaient. Pour Georges Bush, la pilule est, ou serait, difficile à avaler. Il n’est pas du tout prouvé qu’il s’y soit résigné mais a-t-il le choix ? Il peut, certes, brusquer les choses, vouloir poser de telles conditions aux Irakiens que le Conseil de sécurité ne suive pas et que les Etats-Unis puissent se dire en situation de devoir agir seuls, hors des tergiversations onusiennes. Sur le papier, cela peut se faire dans la pratique, ce serait moins aisécar il n'y a pas de tergiversation à l'ONU. La France et la Grande-Bretagne sont d’ores et déjà d’accord pour l’adoption d’une nouvelle résolution, ne laissant pas d’échappatoire à Saddam. Les Russes peuvent se laisser convaincre. Quant à la Chine, elle n’opposerait pas son veto à une résolution qui ne ferait que réaffirmer, en plus dur et plus pressant, des positions anciennes et constantes de la communauté internationale. Dans la pratique, les Américains n’ont pas raison de ne pas laisser les inspecteurs inspecter. Ils en ont d’autant moins que, dès lors que l’Irak rouvre ses portes, les inspections peuvent immédiatement reprendre du seul fait des résolutions déjà votées par l’Onu et que les contacts ont d’ores et déjà été repris à cet effet sans qu’il y ait eu le moindre besoin d’une décision. L’optimisme n’est certainement pas de mise. Le terrain, et pour longtemps, reste miné mais un succès du mécanisme onusien et de l’Europe qui le défend ne peut plus être, aujourd’hui, totalement exclu.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.