Le libéralisme a, décidément, du mal en Europe. C’est la première leçon de ces élections allemandes dans lesquelles Angela Merkel s’est privée de l’écrasante victoire qui lui était promise en allant soudain se rallier au « Moins d’Etat ». Tant qu’elle en était restée au programme de son parti, à de strictes mesures de réduction des dépenses sociales mais sans remise en cause frontale de l’idée de solidarité, sans rupture avec l’essence du modèle européen que sont la redistribution et la protection sociales, la chancellerie lui était acquise. Du jour où, trop sûre de sa victoire, elle a envisagé de confier l’économie à un idéologue libéral partisan de la suppression de la progressivité de l’impôt, l’opinion allemande s’est retournée d’un coup. Gerhard Schröder a pu marteler, car c’était le cas, que la droite voulait imposer au même taux le PDG et sa secrétaire, les plus hauts revenus et les plus bas. La démocratie chrétienne a dévissé dans les sondages tandis que les sociaux-démocrates repartaient à la hausse. Angela Merkel s’était tiré dans le pied car autant les Allemands étaient prêts à accepter des mesures d’austérité et une plus grande marge de manœuvre des entreprises, autant ils étaient prêts à se résoudre à ces remèdes pour tenter de réduire le chômage, autant la majorité d’entre eux refusent la théorie selon laquelle plus les riches sont riches mieux les pauvres se portent et mieux fonctionne la société. Ce qui vient de se vérifier en Allemagne est vrai dans toute l’Europe où les majorités sont tantôt de gauche, tantôt de droite mais jamais purement libérales. La deuxième leçon de ces élections est que les trois grands changements en cours en ce début de siècle, l’allongement de la durée de la vie, l’émergence de nouveaux géants industriels et la réduction des distances mettent partout les gauches en difficultés. Confrontées, en même temps, à l’augmentation du coût des retraites et des traitements médicaux, à la pression sur les salaires exercées par les nouvelles concurrences et aux délocalisations d’entreprises permises par le développement des moyens de communication, les gauches ne peuvent plus gouverner sans réduire la voilure sociale. Elles sont ainsi contraintes à des meures contraires à leurs idéaux qui expliquent la réapparition de gauches de protestation, souvent tentées par un repli sur l’Etat-nation, cadre des compromis désormais menacés. Le succès qu’a remporté, hier, Linksparteï, ce Parti de la gauche sans lequel la gauche allemande serait aujourd’hui majoritaire n’en est qu’un nouvel exemple après la victoire du « non de gauche » en France. La troisième leçon, enfin, du scrutin d’hier est que l’Europe est en quête d’hommes et d’idées politiques à même de sauver la protection sociale en l’aménageant sans l’abandonner. C’est la raison pour laquelle, face au tournant libéral de la droite allemande, Gerhard Schröder se trouve en position, ce matin, de vouloir tenter la formation d’une nouvelle coalition alors qu’il était unanimement donné perdant il y a quinze jours encore. Peut-être échouera-t-il. Ce n’est pas joué mais, s’il y eut un vainqueur hier, c’est lui, pas le libéralisme

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