La scène internationale est en plein mouvement. Aux tendances lourdes, la montée en puissance de l’Inde et de la Chine, s’ajoute l’irruption de nouveaux acteurs comme l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad ou le Venezuela d’Hugo Chavez et l’on voit maintenant, plus spectaculaire encore, l’Europe en crise remplir un vide et s’affirmer tandis que les Etats-Unis, comme tétanisés par leur aventure irakienne, paraissent de plus en plus en retrait et perdus. Prenons la journée d’hier. Avant de partir à New York pour l’Assemblée générale de l’Onu, Jacques Chirac fait un détour par une radio privée et propose, tout de go, que les grandes puissances renoncent à exiger de l’Iran qu’il suspende ses opérations d’enrichissement d’uranium avant l’ouverture de négociations. C’est une totale rupture avec la position commune de l’Europe, des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie mais comment réagit la secrétaire d’Etat américaine ? Non seulement elle ne pousse pas de hauts cris mais laisse entendre qu’une double approche serait possible, que les Etats-Unis pourraient poser la question de sanctions contre Téhéran au Conseil de sécurité tandis que les autres grands, l’Europe en tête, poursuivraient des discussions avec la République islamique visant à l’ouverture de négociations durant lesquelles, et non pas avant lesquelles, l’Iran suspendrait son enrichissement. Condoleezza Rice accueille cette bombe française avec calme mais ce n’est pas parce qu’elle maîtrise ses nerfs. C’est que la position que vient d’énoncer Jacques Chirac est en réalité celle que le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, teste depuis trois semaines avec les Iraniens, sur une idée française, avec l’assentiment de l’Union, l’approbation de la Chine et de la Russie et sans veto de l’Amérique qui ne se voit pas aller bombarder l’Iran et n’a donc guère d’autre choix. Sur ce dossier, si capital, c’est l’Europe qui mène la danse, une Europe dans laquelle la France pèse lourd et qui vient de reprendre pied au Proche-Orient, au grand soulagement des Etats-Unis qui avaient pourtant tout fait, depuis des décennies, pour l’exclure de cette région. Retour de l’Onu, Iran, Chine, Russie, Europe surtout, ce monde multipolaire dont Georges Bush ne voulait à aucun prix devient réalité. Il émerge dans la brume et, hier encore, une centaine de fonctionnaires russes débarquaient en France pour préparer la rencontre qu’y auront, samedi, la chancelière allemande et les présidents russe et français. Après avoir longtemps hésité à s’inscrire dans ce triangle Paris, Berlin, Moscou né de l’opposition à la guerre d’Irak, Angela Merkel s’y rallie car l’Europe et la Russie ont besoin de se concerter sur les crises internationales et leurs problèmes bilatéraux et que les choses ont tant bougé qu’elles peuvent maintenant le faire sans que Washington ne voie rouge. Paris et Berlin, l’Europe peuvent parler à la Russie sans que ce ne soit un acte de défiance vis-à-vis des Etats-Unis qui, perplexes, se cherchent une politique.

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