Il n’y a pas que l’Iran. L’emploi du mot « guerre » a suscité beaucoup d’émotions en France et dans le monde mais, outre que Bernard Kouchner n’a effectivement pas prôné le bombardement de la République islamique qui, à ses yeux, relèverait, a-t-il dit, du « pire », cette polémique fait trop oublier de vraies questions sur la diplomatie française et son évolution. La première a trait à l’Otan. Nicolas Sarkozy souhaite que la France reprenne sa place au sein du commandement intégré de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique où elle n’est plus représentée depuis le général De Gaulle. Il estime que la France aurait ainsi plus de poids politique dans cette alliance militaire dont elle est l’un des principaux contributeurs. Il pense aussi que ce retour permettrait de faire accepter une affirmation de l’Europe de la Défense par les Etats-Unis et les plus atlantistes de nos partenaires européens. Il voit déjà là la possibilité de transformer l’Otan en une alliance d’égaux, l’Europe et l’Amérique, mais Nicolas Sarkozy, première interrogation, veut-il vraiment, comme la rumeur en courre, opérer ce tournant dès avant l’été et, si oui, ne se priverait-il pas, en n’attendant pas le départ d’un Président américain sortant et discrédité, de la possibilité de vraiment refonder, avec le successeur de Georges Bush, les relations entre les deux rives de l’Atlantique ? Deuxième question, la Turquie. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy s’était engagé à opposer son veto à une éventuelle adhésion turque à l’Union. Il accepte aujourd’hui que les négociations se poursuivent sur 30 de leurs 35 chapitres, ceux qui n’impliquent pas forcément, dit-il, une adhésion, mais cela revient, de fait, à laisser se poursuivre un processus qu’il voulait auparavant arrêter. Pourquoi a-t-il évolué, fût-ce dans le bon sens ? Et quelles sont les implications d’un changement d’autant plus marqué que le Quai d’Orsay vient de se prononcer pour l’abandon de l’obligation de faire approuver par référendum toute nouvelle adhésion, turque ou autre ? Troisième question : où en est la volonté, tellement justifiée, de favoriser l’émergence d’un gouvernement économique de la zone euro et cette idée, plutôt consensuelle en France, ne risque-t-elle pas d’être victime des critiques au vitriol lancées contre nos partenaires et la Banque centrale européenne ? Quatrième question : où en est, car c’est loin d’être clair, le projet de relancer et institutionnaliser la coopération euro-méditerranéenne ? Cinquième question : après la visite de Bernard Kouchner en Irak, la France a-t-elle ou non des propositions à faire sur les voies qui permettraient d’aider ce pays à sortir de son drame ? Et, sixième question, quand la France dit qu’elle veut, pour éviter le pire, « négocier, négocier et négocier » avec l’Iran, cela signifie-t-il qu’elle est prête à prendre l’initiative, seule ou dans le cadre européen, d’esquisser le compromis global qui permettrait de faire abandonner à la République islamique ses ambitions nucléaires et d’en faire un partenaire de la stabilisation proche-orientale ?

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