Avant même que n’éclate cette crise financière, la préoccupation première des électeurs américains était l’économie. Sur ce sujet-là, la grande majorité d’entre eux disaient, depuis le début des primaires, faire plus confiance aux Démocrates qu’aux Républicains et leur inquiétude n’ayant évidemment pas diminué depuis lundi, la crise profite aujourd’hui à Barack Obama. Alors qu’il était repassé, après la convention républicaine, derrière John McCain, il a repris l’avantage hier dans tous les sondages. Le New York Times lui donne désormais cinq points d’avance (48% contre 43%). L’institut Gallup et une grande université lui en donnent quatre. L’écart n’est pas immense mais il est supérieur à la marge d’erreurs et, à 46 jours du vote, cela compte d’autant plus que ce krach n’est pas le seul revers du candidat républicain. Non seulement il s’est avéré que Mme Palin, la gouverneure de l’Alaska qu’il a choisie comme candidate à la vice-présidence, avait un peu trop tendance à recruter les hauts fonctionnaires de son Etat parmi ses amis d’école mais ce choix n’a plu que le temps de la surprise. Parce qu’elle est femme, jeune, dynamique, inconnue sur la scène nationale et donc supposée pure de tout péché, Sarah Palin a d’abord séduit. « Quelle habileté ! », s’étaient exclamés de nombreux journaux en expliquant qu’une femme était susceptible d’attirer les voix d’électrices démocrates déçues qu’Hillary Clinton n’ait pas remporté les primaires. Cela fut vrai quelques jours, jusqu’à ce que l’Amérique découvre que cette femme-là n’était pratiquement jamais sortie de son Etat, ne connaissait pas le monde et bien mal le reste des Etats-Unis, qu’elle connaissait encore moins les grands dossiers nationaux et internationaux et que, bien avant d’être femme, elle était conservatrice tendance dure, totalement hostile au droit à l’avortement et grand avocat de la liberté du port d’armes. Les électrices démocrates ne pouvaient plus lui trouver d’attraits et Barack Obama distance désormais son concurrent de 16 points dans l’électorat féminin et seuls 17% des électeurs considèrent que la gouverneure serait qualifiée pour le poste de vice-président alors que 57% d’entre eux estiment que le sénateur Biden, le colistier de Barack Obama, le serait tout à fait. Bien que Sarah Palin mobilise la droite républicaine que John McCain n’enthousiasmait guère, le candidat républicain n’a pas eu la main heureuse. L’habileté était un peu grosse et, là-dessus, cet militaire qui avait déjà confessé, au printemps, ne pas entendre « grand-chose » à l’économie a commis deux gaffes retentissantes, pas des lapsus, de vrais dérapages. Les fondamentaux de l’économie sont « solides », disait-il lundi tandis que la panique se répandait dans la planète finance. Les contribuables ne devraient pas payer pour le sauvetage de l’assureur AIG, ajoutait-il quelques heures avant de devoir approuver la décision des pouvoirs publics, d’une administration républicaine, d’y consacrer 85 milliards de dollars. Cela n’assure pas la victoire de Barack Obama mais cela ne le dessert pas non plus.

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