En direct de Jérusalem.

Tout devrait être simple mais rien ne l’est. Il y a, après tout, longtemps que les Occidentaux, les Européens comme les Américains plus récemment, se sont engagés à favoriser la création d’un Etat palestinien. Cette demande de reconnaissance que Mahmoud Abbas, le président palestinien, présentera cette semaine aux Nations-Unies ne devrait donc pas leur poser de problème. Ils devraient logiquement la voter comme un seul homme mais ils craignent les conséquences de ce vote.

Ils se disent, et non sans raison, que les Palestiniens réaliseront vite que, reconnu ou pas, leur Etat est toujours occupé par les Israéliens qui n’en admettront pas l’indépendance avant d’en avoir négocié les frontières. La déception sera à la hauteur de l’espérance. Des violences pourraient vite s’ensuivre et, pour peu qu’il y ait des morts, ce ne sont alors pas seulement les Territoires qui s’enflammeraient mais toute la région car les peuples arabes qui ont renversé leurs dictatures exigeraient que leurs pays se solidarisent des Palestiniens tandis que les dictateurs restés en place tenteraient de détourner contre Israël les révoltes qu’ils ne parviennent plus à mater.

Ce scénario est on ne peut plus vraisemblable mais, dans le même temps, si Américains et Européens ne votaient pas la résolution palestinienne et que les Américains allaient, comme ils l’ont annoncé, jusqu’à y opposer leur veto, tous s’aliéneraient d’un coup les sympathies qu’ils ont retrouvées dans la région en soutenant le printemps arabe et susciteraient un rebond d’anti-occidentalisme. Non seulement ils auraient beaucoup à y perdre et la stabilité internationale avec eux mais ils se priveraient ainsi de toute capacité de canaliser l’après résolution.

D’où les efforts désespérés qu’ils tentent et tenteront jusqu’au dernier moment pour convaincre les Palestiniens de réécrire leur texte dans une version qu’ils puissent voter avec moins de craintes. D’innombrables idées ont été avancées. Proposée par Tony Blair, la plus subtile consisterait à donner un peu de temps au temps en obtenant des Palestiniens que leur projet de résolution ne soit présenté au vote de l’Assemblée générale qu’en fin de session, en décembre, ce qui permettrait d’essayer de rouvrir d’ici là les négociations israélo-palestiniennes et d’amorcer ainsi des discussions qui reporteraient à plus tard, et dans de meilleures conditions, la reconnaissance internationale de la Palestine.

Les Palestiniens ne sont pas du tout chauds. Ils ont peur, eux, de reculer pour plus mal sauter. Ils demandent des garanties que les Israéliens ne leur donneront pas car ils refusent toute pré-condition à une reprise des pourparlers. Le moins qu’on puise dire est que ce n’est pas joué et la solution de dernier recours serait que les Palestiniens ne demandent à l’Assemblée générale qu’un statut « d’Etat observateur », non membre des Nations-Unis, qu’elle a le pouvoir de leur accorder sans l’aval du Conseil de sécurité et sans que les Etats-Unis ne soient donc contraints d’utiliser leur veto. Cela non plus les Palestiniens ne semblent pas prêts à l’accepter car, quitte à se heurter au veto américain, ils veulent montrer l’ampleur de leurs soutiens à l’Assemblée générale. L’imbroglio est total et ce pourrait bien n'être qu’un début.

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