Diaoyu pour les Chinois, Senkaku pour les Japonais, ce n’est qu’un archipel de cailloux inhabités du Pacifique, autant dire rien mais ce rien provoque aujourd’hui une telle crise entre la Chine et le Japon que les Américains s’en inquiètent presqu’autant que des manifestations dans les pays arabes.

Hier, les entreprises japonaises installées en Chine, Toyota, Honda, Nissan et des chaînes de supermarché avaient interrompu leurs activités et fermé leurs portes par craintes de nouvelles manifestations hostiles après les déprédations et incendies dont elles avaient été victimes la veille. Des foules chinoises manifestent contre le Japon tandis que les proclamations nationalistes ont envahi les sites internet et que les flottes des deux pays croisent autour de ces îles et tout cela pourquoi ?

Parce que le gouvernement nippon a racheté ces rochers à leur propriétaires japonais afin d’affirmer sa souveraineté sur ces terres disputées. C’est une crise, une vraie crise, proprement effarante mais dont la cause profonde est bien réelle. Ce n’est pas tant qu’il y a beaucoup de poissons dans les eaux de cet archipel. Ce n’est pas non plus qu’elles pourraient recéler du pétrole et ce n’est pas même tellement que ces pays n’ont jamais su solder les comptes du cortège d’abominations qui avait suivi l’invasion de la Mandchourie par le Japon, le 18 septembre 1931.

Un 18 septembre a bien sûr rappelé l’autre. L’histoire a beaucoup compté là mais infiniment moins, pourtant, qu’un présent qui fait de l’Asie du XXIème siècle ce que l’Europe fut si longtemps : un continent en quête de ses équilibres. Longtemps, et cela avait donné deux guerres mondiales après tant de guerres continentales, l’Europe avait été la proie des rivalités entre la Grande-Bretagne et la France, des alliances de revers et de la volonté d’affirmation d’une Allemagne éclatée et d’une Russie cherchant sa place entre archaïsme et modernité, Europe et Asie.

Alors cœur d’un monde qu’elle dominait totalement, l’Europe s’était longtemps déchirée avant de trouver son incertaine unité d’aujourd’hui et l’Asie, nouveau cœur du monde ou près de le devenir, cherche à son tour ses rapports de force internes. Il y a l’Inde, la plus grande démocratie du monde qui émerge moins vite mais sans doute plus solidement que la Chine qui soutient son ennemi historique, le Pakistan musulman. Il y a la Corée dont personne, et surtout pas la Chine, ne souhaite la réunification car elle pourrait alors devenir une puissance incontournable. Et il y a évidemment les deuxième et troisième puissances économiques mondiales, la Chine et le Japon, trop rivales pour s’entendre mais trop dépendantes l’une de l’autre pour s’affronter.

Leurs économies sont imbriquées mais le plus peuplé des pays du monde qui se voit déjà dominer la planète supporte mal que le petit Japon joue dans la même cour que lui. Le Japon craint la Chine et, comme tous deux traversent des moments difficiles, le nationalisme s’y exacerbe et s’enflamme autour d ces cailloux. Cette crise finira par se canaliser mais elle vient rappeler la profonde instabilité de ce continent dont l’essor connaîtra beaucoup d’obstacles.

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