C’était attendu. C’était tellement attendu que les marchés, les milieux patronaux et les pays émergents, surtout, considéraient que la décision était prise mais, non, la Federal Reserve, la banque centrale américaine, n’a pas annoncé, hier, de changement dans sa politique de soutien à la reprise économique.

La Réserve fédérale continuera donc d’acheter chaque mois quelques 85 milliards de dollars de bons du Trésor, de faire marcher, autrement dit, la planche à billets afin, a-t-elle expliqué, « de ne pas ralentir le rythme de la reprise de l’économie et du marché du travail ».

La première raison en est sans doute que la Fed craint que la nouvelle bataille qui s’annonce entre la Maison-Blanche et le Congrès sur le budget et le relèvement du plafond de la dette ne mine la confiance et ne ralentisse l’activité au quatrième trimestre. La Fed prend les devants pour limiter les dégâts et n’exclue d’ailleurs pas d’en venir à une politique moins laxiste – « plus restrictive », dit-on – à la fin de l’année mais d’autres raisons pourraient bien avoir pesé sur sa prudence.

Comme le relevait hier le Financial Times, la repris américaine, modérée mais réelle, ne profite pas à tout le monde aux Etats-Unis. Alors même que les revenus d’un 1% de la population, de ce centième des Américains que constituent les plus riches d’entre eux, ont augmenté de 20% l’année dernière, le pouvoir d’achat du foyer moyen est aujourd’hui plus bas qu’en… 1989.

L’année dernière encore, au moment même où les plus riches s’enrichissaient encore, le revenu moyen par foyer a baissé de cent dollars. Le niveau de pauvreté est plus élevé qu’il y a treize ans et le taux de chômage, s’il est beaucoup plus bas qu’en Europe, ne continue pas moins d’en dépasser les 7%, à 7,3% exactement.

Le résultat en est, bien sûr, que les salariés n’ont aucun moyen d’obtenir des augmentations de salaire puisque le rapport de forces est en faveur des entreprises. La société américaine s’enfonce dans l’inégalité bien que l’activité soit aujourd’hui de cinq points supérieure à ce qu’elle était avant la crise de 2008 et la reprise demeure ainsi très fragile car elle ne peut pas être soutenue par la consommation des ménages.

Bras-de-fer politique à venir au sommet sur le plafond de la dette et affaiblissantes inégalités à la base et au milieu de la pyramide sociale, c’est ainsi d’une situation malsaine et inquiétante que la Fed a du tenir compte. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’Europe qui tablait sur la reprise américaine pour tirer sa propre économie et, en dehors des Bourses, les seuls qui peuvent avoir trouvé motif à se réjouir hier sont les pays émergents dont les monnaies fléchissent en raison d’un départ de capitaux dont les détenteurs escomptaient une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis.

Ce ne sera pas le cas, pas encore en tout cas, mais cette fragilité de la reprise américaine n’est pas, non plus, une bonne nouvelle pour les exportations des émergents. Il n’y a pas que la politique internationale qui soit flottante. L’économie mondiale l’est aussi.

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