En France, François Hollande est si sévèrement critiqué de partout et sur tout qu’il faut lui rendre justice sur un point. Sur l’Europe et le monde, les deux questions qui ont occupé tant de place dans sa conférence de presse d’hier, ses politiques ne sont guère contestables, bien plus lucides et responsables, en tout cas, que celles de bien d’autres puissances. Il a eu raison d’intervenir au Mali avant que ce pays ne tombe aux mains de jihadistes qui n’avaient rien à envier à ceux de l’Etat islamique. Le risque était énorme mais il l’a pris pendant que les Etats-Unis regardaient ailleurs et que nos partenaires européens, Allemagne en tête, nous souhaitaient bonne chance. C’est grâce à cette intervention que le Sahel a été préservé d’une déstabilisation générale et si l’envoi de troupes en Centrafrique n’a pas rencontré le même succès, il a tout de même contribué à y endiguer un chaos qui aurait vite pu déboucher sur un conflit régional. En Syrie ensuite, François Hollande avait vu juste en considérant que le seul moyen d’y contribuer à un compromis politique était d’aider les courants démocratiques de l’insurrection afin de ne pas laisser le champ libre aux illuminés sanguinaires qui allaient bientôt former l’Etat islamique. Si la France avait alors été suivie, si Barack Obama ne s’était finalement pas opposé à la sanction militaire de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, sans doute n’aurait-il pas fallu monter maintenant cette si fragile coalition internationale contre l’Etat islamique et faire un complet tête-à-queue en armant avec tant de retard les démocrates syriens pour qu’ils aillent affronter, sur le terrain, le monstre que la cécité américaine a laissé grandir. Sur l’Ukraine enfin, François Hollande ne peut qu’être approuvé d’avoir su éviter une cassure au sein de l’Union en intégrant la Pologne à un front franco-allemand et d’avoir ainsi pu maintenir la balance entre des sanctions économiques croissantes contre Vladimir Poutine et l’inébranlable recherche d’un compromis acceptable entre l’Ukraine et la Russie. Cette crise n’est pour autant pas résolue mais c’était ce qu’il faut continuer à tenter et pour ce qui est maintenant de l’Europe, le fait est que la France y marque des points.François Hollande plaidait depuis son élection pour une baisse organisée de l’euro à laquelle la Banque centrale européenne procède désormais. Il appelait à des investissements européens pour relancer les économies de l’Union et la Commission a un nouveau président qui a fait campagne sur ce programme auquel l’Allemagne ne s’oppose plus. Quoi que Mme Merkel pense, enfin, et pas à tort, des déficits français, leur résorption sera retardée car les réformes structurelles - celles de l’Allemagne l’avaient montré - demandent du temps, de l’argent et beaucoup d’impopularité.

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