On voudrait encore y croire...

Il faut encore y croire tant l’échec de l’accord américano-russe sur le Syrie serait catastrophique mais le moins qu’on puisse dire est qu’il paraît maintenant bien menacé.

Depuis que les Américains ont bombardé, samedi, les troupes de Bachar al-Assad et tué plusieurs dizaines de leurs hommes en croyant cibler les djihadistes de Daesh, les Russes sont déchaînés. Bien que les Etats-Unis aient reconnu leur erreur et exprimé leurs regrets, Moscou estime que ces frappes sont « à la frontière de la négligence criminelle et de la connivence directe avec les terroristes de l’Etat islamique ». Les mots employés par la diplomatie russe viennent compliquer l’affaire alors même que les Américains étaient déjà très refroidis par les obstacles mis par le régime Assad à l’acheminement de l’aide humanitaire vers Alep.

L’accord américano-russe était en réalité fragilisé depuis jeudi, depuis que Damas bloquait les convois de l’Onu sans que la Russie ne fasse quoi que ce soit pour l’en empêcher mais est-ce à dire que l’espoir qui s’était levé il y a huit jours serait d’ores et déjà mort ?

Ce n’est pas déjà dit puisque les raisons qui avaient poussé Washington et Moscou à s’entendre et à envisager une coopération militaire contre Daesh sont toujours aussi fortes. Les Américains n’ont toujours aucune envie de replonger dans la tourmente proche-orientale. L’intérêt du Kremlin est toujours de se rapprocher des Occidentaux. Il l’est même encore un peu plus maintenant que les électeurs russes ont boudé les législatives d’hier et que cette progression de l’abstention, plus de dix points en cinq ans, marque un recul de la confiance dans le parti de Vladimir Poutine. Le président russe a besoin de relancer son économie et ne pourra pas le faire sans une détente avec les Occidentaux mais le week-end a été sombre, et pas seulement pour la Syrie.

L’Europe, non plus, n’incite guère à l’optimisme. On se doutait, bien sûr, que le sommet de Bratislava, vendredi, n’allait pas résoudre d’un coup tous les problèmes de l’Union mais tout de même ! Trois mois après le Brexit, plusieurs semaines après le consensus qui s’était dégagé entre Paris, Berlin et la Commission sur la nécessité de relancer les investissements communs et de poser les jalons d’une Défense européenne, de vraies décisions n’auraient pas été superflues et il n’y en a pas eu.

Personne n’a contesté les orientations envisagées pour relancer l’unité européenne. C’est déjà ça, oui, d’accord. Ça aurait pu être pire mais un nouveau sommet extraordinaire, début 2017 à Malte et un troisième à l’occasion du 60ième anniversaire du traité de Rome, c’est un peu court pour une Union dont chacun s’accorde à dire qu’elle prend l’eau. Ça l’est d’autant plus que la France entre en campagne présidentielle et que Mme Merkel vient de subir, hier, un nouveau revers électoral à Berlin. Français et Allemands vont maintenant avoir d’autres chats à fouetter que l’Europe. Non, ce ne fut pas un bon week-end.

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