Donald Trump annonce de nouvelles sanctions contre l'Iran, signe de sa réticence à s'engager sur la voie militaire, au risque de déclencher une nouvelle guerre moyen-orientale en pleine campagne électorale. Ca ne change pas l'équation iranienne.

Donald Trump donne le salut alors qu’il s’apprête à quitter la Californie, mercredi 18 septembre, pour rentrer à Washington D.C.
Donald Trump donne le salut alors qu’il s’apprête à quitter la Californie, mercredi 18 septembre, pour rentrer à Washington D.C. © AFP / Nicholas Kamm / AFP

Dimanche dernier, le président américain tweetait que les armes étaient « locked and loaded », « verrouillées et chargées », pour riposter à l’attaque des installations pétrolières saoudiennes. Trois jours plus tard, la menace accouche de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, qui s’ajoutent à celles, déjà sévères, qui ont été imposées au printemps. 

L’option militaire peut ressurgir à tout moment, mais le fait que Donald Trump ait choisi d’annoncer d’abord des sanctions, qui ne changeront pourtant rien à l’équation iranienne, peut être interprété comme un signe de désescalade. . Pourtant, au même moment, son Secrétaire d’État, Mike Pompéo, présent en Arabie Saoudite, adopte un autre ton puisqu’il parle d’ « acte de guerre » et vise l’Iran.

Ce décalage n’est pas nouveau

Donald Trump a le tweet sanguin, mais il ne veut pas démarrer une nouvelle guerre au Moyen Orient alors qu’il est en campagne pour sa réélection. Dans ses annonces, le Président reste pour l’instant dans sa logique de « pression maximale » sur Téhéran et de dissuasion, pas de contre-attaque.

Trump prend le risque d’apparaître indécis. Juste avant d’annoncer ces sanctions, Donald Trump a vertement répondu à un élu Républicain qui le traitait, de fait, de dégonflé. Le sénateur Lindsay Graham avait qualifié de « signe de faiblesse » la décision du Président de ne pas riposter contre l’Iran en juin dernier, après qu’un drone américain a été abattu par les Iraniens. « Non Lindsay, c’est un signe de force mais certaines personnes ne le comprennent pas », a rétorqué le Président dans un tweet.

Cet échange montre la voie étroite de Donald Trump qui bombe le torse mais passe peu à l’action. Il avait ainsi menacé le dictateur nord-coréen Kim Jong-un du « feu et de la fureur », avant de le rencontrer et de se montrer incroyablement conciliant avec lui, malgré l’absence de progrès dans les négociations.

Dans le cas de l’Iran, depuis qu’il a décidé de quitter l’accord nucléaire l’an dernier, le président américain a ordonné des sanctions unilatérales qui pénalisent durement l’Iran. Mais loin de produire l’effet escompté, cette stratégie n’a fait que développer les tensions dans le Golfe, culminant avec l’attaque de samedi.

Les nouvelles sanctions servent surtout à convaincre les Américains que leur Président agit, mais pas à grand-chose de plus. Les sanctions sont devenues l’arme qu’on dégaine quand on ne sait pas quoi faire. 

Dans un article publié dans le dernier rapport annuel Ramsès 2020 de l'Institut français des relations internationales (IFRI), l’ancien diplomate Denis Bauchard, spécialiste du Moyen Orient, doute de l’efficacité des sanctions comme moyen de pression. Il souligne, dans le cas de l’Iran, la résilience de ses habitants, et ajoute que le principal effet des sanctions est de renforcer le camp des durs à Téhéran. « La crédibilité de Washington est en jeu », conclue-t-il.

La limite de la stratégie de Donald Trump est qu’elle ne laisse aucune porte de sortie aux Iraniens, mais ne va pas au bout de sa logique. Les États-Unis comme l’Iran ont exclu toute rencontre au sommet à New York la semaine prochaine, comme suggéré par la diplomatie française. Les deux pays se testent pour savoir qui clignera les yeux le premier ; ça laisse présager de nouveaux incidents, de nouvelles tensions. 

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