Répondant aux questions des journalistes sur les manifestations en Russie, Vladimir Poutine a évoqué les Gilets jaunes en France. Mal lui en a pris.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine © AFP / Etienne LAURENT / POOL

A une question d'une journaliste qui évoquait les récentes manifestations à Moscou, Vladimir Poutine a répondu : "Je suis invité par le président français et je suis un peu mal à l'aise en évoquant ce sujet, mais nous savons ce qu'il s'est passé pendant les manifestations des Gilets jaunes. On ne veut pas que des événements pareils se passent dans la capitale russe".

La question qui se pose immédiatement est donc : peut-on comparer les manifestations en Russie et celles qui pendant plus de 6 mois ont émaillé les rues de Paris et de toute la France ? Non, évidemment non.

En Russie – et en l’occurrence cet été à Moscou – manifester signifie être arrêté. En masse. Le 27 juillet dernier : 3 500 manifestants, 1 400 arrestations. En Russie, Alexei Navalny, leader de l'opposition à Vladimir Poutine, est régulièrement emprisonné pour 30 jours, histoire d'éviter qu'il ne s'exprime pendant ces manifestations.

Son prédécesseur, Boris Nemtsov, a été carrément assassiné, c'était le 27 février 2015, sous les murs du Kremlin. Quand à Alexei Navalny, il est certes sorti de prison, mais pour entrer à l'hôpital, mystérieusement intoxiqué en prison. C'est ce qu'on appelle un avertissement sans frais.

Des relations russo-européennes qui restent tendues

La réalité, c'est que rien de sérieux ne changera tant que la Russie occupe le tiers Est de l'Ukraine. Sauf que la Russie de 2014, année de son intervention en Ukraine, n'est plus celle de 2019. Depuis cinq longues années, la Russie subit une crise économique dont les Russes ne voient plus le bout et qui se traduit par une chute vertigineuse de popularité de Vladimir Poutine.

Elle tournerait en ce moment autour de 30%. Et on comprend facilement pourquoi : le PIB de la Russie est, grosso modo, celui de l'Espagne. Ni plus, ni moins. Le tout avec une population 3 fois plus importante et surtout, un budget militaire qui dévore tout.

Ajoutez à cela des sanctions économiques et une incertitude juridique qui effraie les investisseurs étrangers dont la Russie a tant besoin et vous obtenez un cocktail amer qui se traduit par des manifestations perlées dans tout le pays et depuis des mois.

Emmanuel Macron ou le sceptre européen

D'où l'importance de cette rencontre de Brégançon et pour deux raisons. La première, est très simple à comprendre : l'Union européenne reste le premier partenaire économique de la Russie et de très loin.

En valeur, la Russie vend trois fois plus de biens à l'Union européenne qu'à son second partenaire, la Chine. Donc, l'équation économique russe passe par nous. Voilà la réalité. La deuxième raison qui pousse Vladimir Poutine à Brégançon est politique.

L'Union européenne, jusqu'à présent, c'était Angela Merkel et l'Allemagne. De 2008 à grosso modo 2018, en Europe, on parlait économie du fait de la crise et donc on parlait allemand. Désormais avec la montée des populismes, en Europe, on parle politique.

De plus, ce qui fait la force de l'Allemagne – le commerce extérieur – fait aussi sa faiblesse quand le marché chinois faiblit, quand Donald Trump sévit ou quand le Brexit menace. L'heure est donc venue de passer le sceptre européen à plus jeune et surtout plus politique : d'Angela Merkel à Emmanuel Macron. C'est froidement ce qu'est venu constater Vladimir Poutine à Brégançon.

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