L'intervention française au Mali est au coeur du dispositif Barkhane. Et c'est peu dire que la situation malienne obère à terme sa capacité d'intervention.

Soldats de l'opération Barkhane au nord-est du Mali, dans le marché de Menaka.
Soldats de l'opération Barkhane au nord-est du Mali, dans le marché de Menaka. © AFP / Marie WOLFROM

Après le coup d'État militaire au Mali, la France s'est faite relativement discrète. Et c'est cette – relative - discrétion que je voulais prendre le temps d'analyser ici. D'abord, la France n'a certes pas envoyé de contingent militaire pour « sauver » le président malien destitué, mais elle a exigé sa libération... tout en prenant acte de sa démission.

Elle aurait pu le faire ! Elle a un dispositif militaire d'importance sur place – Barkhane – et Paris a une longue histoire d'intervention en Afrique de l'Ouest et centrale pour rétablir ou remplacer des présidents déchus ou des putschistes.

La dernière fois, c'était en 2013 en Centrafrique. En 2002, c'était en Côte d'Ivoire dans une situation qui rappelle celle du Mali : un pays divisé, une guerre civile meurtrière et des troupes françaises séparant les belligérants. Un très mauvais souvenir pour Paris.

La France ne veut pas et ne peut pas s'interposer...

Elle ne le veut pas parce que remettre le président Keita au pouvoir, c'est remettre en selle un pouvoir largement discrédité, perçu comme corrompu et qui, en plus, a fait tirer sur la foule des manifestants en juillet : 11 morts et plusieurs centaines de blessés.

Elle ne le peut pas non plus, parce que les sentiments anti-français sont déjà forts à Bamako et qu'elle ne veut pas donner des arguments à ceux qui explique que le gouvernement malien est décidément sous tutelle française.

Mais surtout, pour Paris l'important est ailleurs : la France joue gros dans cette région 10 fois plus vaste que notre pays où elle est engagée dans une guerre de 7 ans contre un ennemi formé d'une bonne dizaine de groupes djihadistes plus ou moins concurrent.

Un OTAN de la savane 

Elle joue ni plus ni moins que sa place de puissance régionale. L'Opération Barkhane, lorsqu'on prend un peu de recul, est une sorte d'OTAN sahélien à cinq avec pour puissance militaire de référence, la France.

Cet "OTAN sahélien" s'est formé autour d'un combat central – bouter les djihadistes hors du Sahel – et d'une doctrine : la France vient "en appui" des militaires et des États régionaux. C'est une « modernisation » des bons vieux accords de défense des années 60.

Or tout ce bel édifice ne fonctionne que si les États fondateurs sont solides et leurs armées coopératives. Or au Mali, non seulement l'État vient – une fois de plus - de s'effondrer ; mais c'est l'armée qui – une fois de plus – précipite ce délitement.

Paralysie opérationnelle

Elles sont toutes mauvaises. Dans un premier temps, les apparences sont sauves : les putschistes ont expliqué qu'ils respecteraient tous les accords internationaux et les forces étrangères présentes sur place : françaises, européennes et onusiennes.

Sauf que la France ne peut pas soutenir ces militaires rebelles : ça contrevient à tous ses principes, y compris à ses engagements européens. Elle ne peut qu'exiger, avec ses partenaires africains et européens, un retour rapide à la légalité.

Sauf que la légalité signifie des élections qui seront immanquablement remportées par l'opposition dont le leader, l'imam Mahmoud Dicko, a été formé en Arabie saoudite et qui prône le dialogue avec une partie des djihadistes : les Maliens, touaregs ou peuls.

Pour les militaires français de Barkhane, c'est l'assurance d'une paralysie opérationnelle. Le tout dans un contexte où les alliés américains pensent à se retirer de la région et où, selon Washington, la violence terroriste aurait, elle, augmenté de 250% depuis 2018.

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