La chronique de Bernard Guetta est décalée de quelques minutes par rapport à son horaire habituel. Tony Blair a préféré l’offensive à la défensive et cela aurai des conséquences dans toute l’Union. Maintenant que le projet de Constitution européenne devrait être bientôt adopté par le vingt-cinq pays de l’Union, le Premier ministre britannique devait voir les choses en face. Son refus de soumettre ce projet à référendum mettait de plus en plus mal à l’aise un nombre de plus en plus grand de députés travaillistes qui n’aimaient pas sembler fuir le suffrage universel. Non seulement les pressions sur Tony Blair se faisaient de plus en plus vives dans son propre camp mais il savait de surcroît que la Chambre des Lords ferait tout ce qu’elle pourrait pour bloquer la ratification parlementaire du projet car les eurosceptiques y sont majoritaires et que les Lords sont à couteaux tirés avec le gouvernement travailliste qui veut mettre fin à leurs prérogatives. Une longue bataille parlementaire s’annonçait ainsi dans laquelle le premier ministre aurait du faire face au malaise d’une Chambre et à l’hostilité de l’autre. Cela pouvait prendre des mois, plus d’un an, traîner en fait jusqu’aux législatives anticipées que Tony Blair pense organiser vers l’automne 2005 et auxquelles il serait donc allé en position d’accusé, d’homme voulant passer par-dessus les électeurs pour faire ratifier une Constitution à laquelle une écrasante majorité de Britanniques se déclarent aujourd’hui hostiles. A ce compte-là, Tony Blair risquait un double échec, sur l’Europe mais également sur sa reconduction. Dos au mur, il a donc choisi de changer la donne, d’annoncer aujourd’hui qu’il acceptait finalement le référendum, qu’il le proposait avant qu’il ne puisse lui être imposé mais son idée est de jouer la montre, de n’organiser cette consultation qu’après les législatives, pour faire campagne sur l’Europe, en tablant sur les divisions qu’elle suscite chez les conservateurs et le peu d’appétit que manifestent les Britanniques pour la droite. Cela signifie que cette fois-ci, enfin, Tony Blair va retrousser ses manches pour rallier une majorité de son pays à l’idée européenne, lancer cette bataille d’idée devant laquelle il se dérobe depuis si longtemps malgré sa conviction, profonde et connue, que l’avenir de la Grande-Bretagne est dans l’Union. Ce retournement de situation est, en ce sens, une très bonne nouvelle pour l’Europe mais, dès lors que même les Britanniques seront appelés à se prononcer directement sur la Constitution, il devient presque impossible aux autres gouvernements européens de continuer à refuser la procédure référendaire au seul motif - celui de Tony Blair jusqu’aujourd’hui – qu’on ne vote pas dans un référendum sur la question posée mais sur celui qui la pose. Au suffrage direct, le projet de Constitution risque d’être repoussé dans plusieurs pays, dont la France où la majorité est fragilisée et toute une partie de la gauche, y compris socialiste, ne trouve pas ce texte assez social tandis qu’une large partie de la droite, pas seulement lepéniste, le refuse par souverainisme. C’est un quitte ou double auquel le pari de Tony Blair contraint l’Europe. Le risque est énorme qu’elle ne tangue sur l’accumulation des mécontentements nationaux mais, risque ou pas, nous allons débattre, ensemble, et c’est tant mieux.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.