Au soir des élections, lundi de la semaine dernière, la droite semblait conserver la majorité au Sénat. Il n’y a avait pas de gagnant. La droite pouvait tout bloquer et l’Italie de gauche était allée se coucher demi battue, abattue, désespérée de ne pas avoir su débarrasser le pays de Silvio Berlusconi. Le lendemain mardi, en fin de matinée, les Italiens de l’étranger finissaient par donner à la gauche deux sièges d’avance à la Chambre haute, la majorité, donc, dans les deux Chambres, cette victoire que la Cour de cassation vient de confirmer hier, mais les visages des adversaires de Berlusconi s’étaient encore un peu plus allongés. Ce n’est bien sûr pas que la gauche regrettait d’avoir gagné mais les conditions de sa victoire l’inquiétaient et à juste titre. Futur Premier ministre - « Président du Conseil », dit l’Italie - Romano Prodi héritera d’une situation économique jugée « grave » par le Fonds monétaire international. Elle est, en fait, catastrophique car la dette publique et le déficit budgétaire laissés par Silvio Berlusconi représentent, respectivement, plus de 106% et de 4% du produit intérieur brut. A ces niveaux de risque, les emprunts italiens pourraient bientôt se renchérir, augmenter les intérêts à payer par le pays et dégrader plus encore sa situation financière. Si elle ne veut pas mettre en danger son appartenance à l’euro et devenir l’homme malade de l’Union, l’Italie doit tailler dans ses dépenses. De retour aux affaires, la gauche doit non pas trahir ses promesses puisqu’elle avait fait de la nécessité de remettre de l’ordre dans les finances l’axe de sa campagne mais augmenter les impôts, traquer la fraude fiscale, réduire les charges sociales pour redonner un peu de sa compétitivité perdue à l’industrie – bref, serrer la ceinture aux Italiens sans avoir grand-chose à leur offrir en échange. Pour toute gauche, la tâche serait rude mais elle le sera, là, plus encore car la coalition conduite par Romano Prodi va des centristes à l’extrême gauche en passant par la social-démocratie. C’est un peu comme si, en France, François Bayrou, Olivier Besancenot et les socialistes avaient choisi de gouverner ensemble et, si cela met tout le monde dans le même bateau, rien ne sera simple pour le Président du Conseil qui devra constamment veiller à éviter les fissures. Ce n’eut pas été facile avec une franche victoire. Cela le sera encore moins dans une situation où il suffirait qu’une voix, une seule, manque au Sénat pour que la droite puisse bloquer toute initiative gouvernementale. D’un côté, la force qu’a conservée la droite oblige toute la gauche à rester soudée mais, de l’autre, la marge de manoeuvre de Romano Prodi sera infime alors même qu’il devra prendre des mesures impopulaires, que près d’un Italien sur deux n’a pas voté pour lui et que Silvio Berlusconi, l’homme le plus riche d’Italie, pourra utiliser ses télévisions pour tenter de préparer sa revanche. La gauche italienne a toutes les raisons de ne pas sabler le champagne et peut-être devra-t-elle tenter de s’ouvrir au centre-droit, au risque de fragiliser sa coalition. Il n’est nulle part aisé de gouverner en Europe.

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