Logiquement, c’est Barack Obama qui aurait du présider cette réunion. Incarnation de la plus spectaculaire victoire jamais remportée contre l’imbécillité raciste, il aurait été, de loin, le mieux placé pour ouvrir, aujourd’hui, à Genève, cette deuxième conférence de l’Onu contre le racisme, dite « Durban II », mais non seulement il en sera absent mais de nombreux pays, dont le sien, n’y seront pas représentés. Pour beaucoup de capitales, Durban II sent le souffre car Durban I, première « conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée » avait donné lieu, en 2001, dans cette villes d’Afrique du Sud, à d’invraisemblables débordements… de haine raciale. Le monde blanc, en bloc, y avait été violemment mis en accusation pour la traite des Noirs, crime raciste par excellence, crime de l’Occident bien sûr, mais qui ne fut pas le seul esclavage de l’histoire puisqu’il y en eut bien d’autres auxquels d’autres peuples eurent leur part, notamment des Arabes et ceux des peuples africains qui étaient eux-mêmes esclavagistes. Israël avait été l’autre accusé de Durban 1, non pas une politique ou un gouvernement de ce pays mais Israël en tant que tel, dénoncé comme intrinsèquement raciste et coupable d’apartheid par des procureurs qui confondaient très volontairement occupation militaire et ségrégation raciale. A l’instigation de dictatures qui souhaitaient retourner contre les Occidentaux leurs leçons en matières de droits de l’Homme, Durban 1 avait tourné au procès historique de l’Occident blanc et à la débauche d'antisémitisme, mal déguisée en critique d'Israël. Les leçons de 2001 ont porté. Personne, en fait, ne garde un bon souvenir de ce premier Durban et la période politique, surtout, a changé. Il est devenu difficile de mettre en accusation les Etats-Unis dans une conférence contre le racisme alors qu’ils viennent de porter Barack Obama à leur tête. Les tournants diplomatiques pris par le nouveau président américain modifient, de surcroît l’atmosphère. Ce sont les diplomates palestiniens qui ont obtenu, dans les travaux préparatoires, qu’une sourdine soit mise aux attaques contre Israël car ils veulent faire front avec les Etats-Unis pour obtenir un règlement de paix fondé sur la coexistence de deux Etats. Les Russes, en plein dégel avec les Américains, n’ont pas cessé de mettre de l’huile dans les rouages et un pays comme l’Iran lui-même, de plus en plus isolé au fil des discussions, a tempéré ses ardeurs depuis la main tendue de Barack Obama. Le projet de résolution adopté vendredi n’a plus rien de rédhibitoire pour personne mais les angles ne se sont arrondis qu’après que bien des pays ont décidé de ne pas aller à Genève, ne serait-ce que pour ne pas avoir à quitter la salle cet après-midi, si le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, devait suivre sa pente habituelle dans le discours qu’il y prononcera. La France sera finalement présente mais victime de Durban I, Durban II est un coup pour rien.

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