Cuba rompt avec le modèle soviétique. Deux décennies après la chute du mur de Berlin, vingt-cinq ans après la pérestroïka, un demi-siècle après l’introduction des réformes économiques de la Hongrie socialiste, alors laboratoire du bloc communiste, le congrès du PC cubain vient d’adopter 313 réformes, pas une de moins, visant à créer un secteur privé et desserrer l’emprise de l’Etat sur l’économie. Pour marquer le changement d’ère et le rendre irréversible, un cinquième des emplois du secteur public seront supprimés à court terme et un million de personnes, cinq d’ici 2015, seront ainsi incitées à ouvrir leur propre entreprise ou rejoindre celles qui se lanceront. Cent soixante-dix huit métiers sont désormais ouverts à l’initiative privée ; la création de coopératives sera encouragée ; les entreprises publiques disposeront d’une autonomie de gestion, condition sine qua non de l’instauration d’une concurrence ; les terres en friche, 40% de la surface arable, seront données en usufruit à qui voudra les exploiter ; le commerce agro-alimentaire sera libéralisé afin d’améliorer l’approvisionnement ; on pourra acheter, vendre et louer des logements ; les nouveaux entrepreneurs cubains auront accès à des prêts bancaires et le seul Etat communiste que les Etats-Unis aient dû tolérer si près de leurs côtes fera appel à l’investissement étranger ce qui laisse présager un retour d’émigrés devenus citoyens américains. Préparées de longue date, annoncées depuis un an et, pour certaines d’entre elles, introduites avant même que le congrès ne les ait adoptées lundi soir, ces réformes devraient totalement bouleverser l’économie cubaine mais, pour ce qui est de la politique, rien ne change en revanche. Nouveau patron du parti dont Fidel Castro, 84 ans lui a officiellement cédé les commandes, Raul Castro, son frère, 80 ans, n’a pas hésité à déclarer qu’il fallait « corriger les erreurs commises pendant les cinq décennies de construction du socialisme » et qu'il n'y avait pas le choix -« soit nous changeons de cap, a-t-il dit, soit nous coulons »- mais le bureau politique ne comptera que 3 nouveaux membres, le parti unique reste « la force dirigeante de la société et de l’Etat » et le nouveau N°2, José Ramon Machado, 80 ans, est un pilier de la vieille garde. Ce que tente aujourd’hui le régime cubain, c’est un tournant chinois, le maintien de la dictature du parti et une libéralisation de l’économie, mais ce qui n’est déjà pas évident en Chine l’est encore moins à Cuba, petit pays proche des Etats-Unis et d’une Amérique latine en pleine démocratisation depuis vingt-cinq ans. Non seulement les Cubains sont fatigués d’un régime qui avoue lui-même son échec, non seulement ils peuvent faire la comparaison entre leur niveau de vie et celui des autres pays américains mais les réformes économiques impulsées par Raul Castro laisseront, comme en Chine et en Russie, beaucoup de gens sur le carreau. Leurs principaux bénéficiaires seront les cadres du parti et des entreprises d’Etat. De formidables inégalités vont se créer et généreront des tensons politiques que ce parti à bout de course n’aura guère les moyens de canaliser. Les réformes qu’il introduit dos au mur risquent fort de porter sa fin.

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