Arabes, occidentaux, Turcs, quinze des pays qui soutiennent l’insurrection syrienne étaient réunis hier à Paris. Alors même que l’opposition les appelle maintenant à organiser, même sans l’aval de l’Onu, des frappes ciblées contre les installations militaires du régime, alors que c’est un appel au secours qui leur était lancé, ces pays se sont contentés de condamnations verbales de Bachar al-Assad et d’annonces de nouveaux projets de résolution au Conseil de sécurité.

Une réunion pour rien, serait-on donc tenté de dire mais ce serait là juger trop vite. La crise syrienne est maintenant entrée dans une deuxième phase. Après une année de complet blocage diplomatique durant laquelle la Chine et la Russie s’étaient opposées à toute condamnation internationale de ce régime d’assassins, l’ensemble des grandes puissances est maintenant d’accord sur un plan de paix, élaboré par l’ancien secrétaire-général de l’Onu Kofi Annan.

Adopté par le Conseil de sécurité et théoriquement en vigueur depuis dix jours, ce plan prévoit l’arrêt des violences, le retrait de l’armée syrienne des grandes agglomérations, la libération des prisonniers politiques et l’ouverture d’un dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition. Il n’est en rien respecté puisque même les bombardements des villes n’ont pas cessé mais, maintenant que le Conseil de sécurité a donné force de loi à ce plan, les capitales arabes et occidentales sont fondées à en exiger le respect, à appeler la Chine et la Russie à y contribuer, à menacer le régime syrien de sanctions onusiennes s’il continue à le bafouer et à agir à l’Onu pour qu’il ne le soit plus.

La nouveauté est que les soutiens de l’insurrection peuvent prendre Chinois, Russes et Syriens aux mots et leur demander d’appliquer le plan auquel ils ont souscrit. C’était le sens de la réunion de Paris, prélude à de nouvelles joutes au Conseil de sécurité mais, aussi réel qu’il soit, ce léger progrès diplomatique est-il porteur du moindre espoir pour les Syriens ?

A priori pas car Bachar al-Assad, avec l’appui des Russes et des Chinois, ne fait que jouer la montre. Son espoir est d’écraser l’insurrection et d’organiser alors un semblant de réformes qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir tout en disant qu’il a respecté le plan Annan. C’était son calcul mais l’insurrection perdure et il risque maintenant de finir par lasser la Chine et la Russie qui pourraient en arriver à se dire qu’elles n’ont pas joué la bonne carte et accentuer leur pression sur lui.

C’est là-dessus que tablent les capitales arabes et occidentales. C’est pour cela qu’elles font semblant de croire à une évolution de la Russie et que le jeu diplomatique se poursuivra tandis que, sur le terrain, les massacres continuent, toujours plus impitoyables et révoltants.

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