On ne peut, bien sûr, qu’être bouleversé, indigné, révolté par ces morts en Méditerranée, par ces centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui périssent en mer parce qu’ils n’ont plus d’autre choix que de fuir des guerres toujours plus atroces.. Il faut s’en indigner mais, avant d’en accuser l’Union Européenne ou ses gouvernements, chacun de nous devrait se poser trois questions.

La première est de savoir quel est le pourcentage des citoyens européens qui seraient prêts à ouvrir à ces réfugiés les frontières de l’Union et, spécifiquement, de leur propre pays. La réponse est dans la question. Il faut savoir reconnaître cette réalité car, si les gouvernements européens ne font que bien peu de choses pour organiser le sauvetage de ces réfugiés, c’est qu’ils craignent, et non sans raison, que leurs opinions publiques n’en arrivent alors à leur reprocher d’augmenter le flot des réfugiés en rendant leur traversée de la Méditerranée autrement moins dangereuse qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Nos gouvernements sont coupables de détourner leurs regards de ces drames et de ne s’en soucier, à la hâte, comme si c’était nouveau, que lors d’hécatombes particulièrement atroces mais il y a une raison à cela et cette raison c’est nous, les citoyens européens, qui ne voulons plus, très majoritairement en tout cas, de nouveaux immigrés dans nos pays.

La deuxième question à nous poser serait de savoir comment on pourrait limiter le nombre de ces réfugiés prêts à tout pour fuir vers nos côtes. La réponse n’est pas les sauvetages, si indispensables soient-ils. Elle n’est évidemment pas de renvoyer ces malheureux sous les bombes qu’ils ont fuies car ce serait le comble de l’inhumanité.

Non, la réponse, la seule, la vraie, est qu’on ne limitera ces flux qu’en s’attaquant à leur cause, qu’en réduisant l’anarchie en Libye, pays d’où partent la plupart de ces bateaux, et qu’en s’attelant à résoudre les conflits à l’origine des guerres proche-orientales. Tout le reste n’est que mots et pansements, moyens de se donner bonne conscience avant de repasser à autre chose et là se pose la troisième question.

Dès lors qu’aucun de nos pays, qu’aucun des 28 pays de l’Union, ne serait à lui seul capable de peser sur les guerres du Proche-Orient ou d’aller contrôler, au moins, les ports libyens, combien d’Européens seraient-ils aujourd’hui prêts à accepter que l’Union ou plusieurs de ses membres approfondissent leur unité politique ? Où sont, autrement dit, les majorités de citoyens européens prêts à se doter d’une armée et d’une politique étrangère commune, à accepter de tirer les conséquences des défis communs auxquels nous sommes collectivement confrontés en appelant clairement de leurs vœux la construction d’une Europe politique disposant d’un exécutif commun ?

Ces majorités n’existent aujourd’hui pas, bien au contraire, Nous nous condamnons à l’impuissance et il n’y a personne d’autre à en accuser que nous-mêmes.

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