Où l'on voit l'approximation des mots trahir la confusion des concepts.

De l’affirmation de nouveaux courants politiques à l’érosion des grands partis, tout est nouveau dans cette élection française. Chacun le voit et le sait mais, au-delà de cette évolution des lignes de partage, la campagne présidentielle est aussi marquée par une autre nouveauté qui est la montée de l’approximation dans l’emploi des mots et des concepts.

Jour après jour, beaucoup des candidats, et des journalistes aussi, s’en sont rendus coupables et en voici trois exemples.

Un social-démocrate, d’abord, n’est pas toute personne appartenant à la droite de la gauche ou à la gauche de la droite. Ce n’est pas, en un mot, n’importe quel modéré mais l’héritier d’une grande tradition plongeant ses racines dans le dix-neuvième siècle lorsque la naissance du mouvement ouvrier dans les chaudrons de la révolution industrielle a ajouté les revendications sociales aux revendications démocratiques répandues dans toute l’Europe par la Révolution française.

La social-démocratie aspirait à une démocratie qui fût également sociale et c’est de son tronc commun que sont sorties deux branches opposées, les communistes et la gauche démocratique qui a gardé, dans toute l’Europe du Nord, l’appellation de « social-démocratie ». Ce sont les sociaux-démocrates suédois qui ont inventé l’idée du compromis permanent entre le travail et le capital par l’organisation d’un rapport de forces fondé sur l’existence de syndicats et de partis ouvriers assez puissants pour lancer des mouvements revendicatifs et les faire gagner, de haute lutte. C’est à la social-démocratie qu’on doit la force de la protection sociale en Europe et si elle est aujourd’hui en recul, et toute la gauche avec elle, c’est que l’émergence de nouvelles puissances industrielles et les possibilités de délocaliser la production ont permis au capital d’échapper aux législations nationales et aux pressions revendicatrices.

C’est pour cela que les sociaux-démocrates sont profondément européens, afin de pouvoir, un jour, opposer au capital une puissance publique de taille continentale dont il ne puisse plus se rire.

L’Europe donc, plus communément nommée « Bruxelles ». Elle n’existe pas en elle-même, pas plus que l’Onu, car elle n’est, comme l’Onu, que la somme de ses membres. Si l’on veut changer les politiques décidées en commun par les dirigeants nationaux des pays de l’Union, il n’y a, autrement dit, rien à dire à l’Europe, aucun muscle à lui montrer, mais des dirigeants nationaux à changer car, eux, ils existent.

Quant au troisième exemple d’approximation, c'est un adjectif.

« Gaulliste », chacun ou presque l'aura été dans cette campagne, mais le gaullisme, c’était une politique étrangère consistant à affirmer la singularité de la France face aux deux superpuissances, américaine et soviétique, de la Guerre froide. Dès lors qu’il n’y a plus de bloc soviétique, cette politique n’a simplement plus d’objet. L’affirmation de la France doit passer par d’autres voies, notamment européennes, et ce n’est pas parce qu’on se fait adouber par un autocrate russe qu’on est gaulliste.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.