Et pas n'importe lequel : Black Panther !

Le film qui a détrôné « La Reine des neige » au panthéon des 10 films les plus vus de l'histoire. Mais nous ne sommes pas là pour vanter les mérites d'un blockbuster.

Non, on va essayer de comprendre la logique qui a présidé au choix de ce film. Vous l'avez rappelé, l'Arabie saoudite attend cela depuis 37 ans.

Depuis une vague de rigorisme religieux qui s'est abattue sur le pays dans les années 80 et a vu fermer tous les cinémas publics, ces lieux de promiscuité.

Quelque chose a donc changé chez les religieux saoudiens.

Non, la seule chose qui a changé, c'est la dyarchie au pouvoir à Ryad : le roi Salman et le prince héritier Mohamed ben Salman. Or pour bien montrer qu'ils ont les religieux sous contrôle, Black Panther est le film parfait : c'est même une provocation.

Pour les Wahhabites, ce film est une triple abomination. D'abord c'est un film alors qu'ils sont iconoclastes. Ensuite, c'est un film de superhéros, or « il n'y a de Dieu que Dieu », un strict monothéisme qui ne souffre aucune exception, même de cinéma.

Enfin, un film, ça se regarde dans ces salles obscures. L'horreur absolue ! D'autant qu'on a appris que les salles ne seraient pas ségréguées. Autrement dit, le pouvoir saoudien demande aux religieux de manger leurs babouches sans sel.

Ce n’est pas un peu dangereux cette posture royale.

Surtout lorsqu'on sait que souvent les révoltes en Arabie saoudite ont été religieuses. Une des raisons pour lesquelles la dynastie des Saoud déteste les Frères musulmans, c'est qu'ils ont inspiré une des plus sérieuses : la révolution sahwa.

Mais aujourd'hui, tout est différent. Les religieux les plus radicaux se sont égayés dans le monde pour conduire des combats djihadistes perdus d'avance. Mais ce faisant, ils ont soulagé le royaume de leur activisme.

Pendant ce temps-là, l'Arabie saoudite s'est beaucoup raffinée. Sa jeunesse est l'une des mieux formée de la planète. Son taux d'utilisation d'internet est impressionnant : les contradictions sont désormais insoutenables.

D'autant que ces réformes sont somme toutes limitées...

S'émerveiller parce qu'on accorde le droit de conduire aux femmes et aux Saoudiens, celui d'aller au cinéma est un rien indécent. La réalité, c'est aussi ce pays qui applique comme peu au monde la peine de mort.

De plus, c’est le seul pays au monde qui porte le nom de la famille régnante ! On ne dit pas l'Espagne bourbonienne ou la Grande-Bretagne windsorienne ! Mais on dit l'Arabie saoudite. Au point qu'il est difficile de séparer finances publiques et familiales.

Alors certes, les mesures du prince sont en phase avec un pays dont l'âge médian est de 25ans. Reste que les révolutions ne sont jamais le fait du prince. Par contre, elles commencent toujours par des réformes libérales dans des pays jeunes, comme l'Arabie saoudite d’aujourd’hui.

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