Les zones d’ombre des débuts de l’épidémie à Wuhan et l'agressivité de Pékin sont des obstacles durables entre la Chine et le reste du monde, même si certains, comme Donald Trump, les utilisent pour faire oublier leurs propres erreurs. Les prémisses d’une nouvelle guerre froide.

Le numéro un chinois Xi Jinping, masqué, lors d’une cérémonie de plantation d’arbres le 3 avril dernier près de Pékin.
Le numéro un chinois Xi Jinping, masqué, lors d’une cérémonie de plantation d’arbres le 3 avril dernier près de Pékin. © AFP / Pang Xinglei / XINHUA / Xinhua via AFP

Il est évidemment impossible de tirer les conclusions d’une crise avant la fin, mais une chose est déjà certaine : le coronavirus laissera des traces dans les relations de la Chine avec le reste du monde. La pandémie accélère des tendances déjà inscrites auparavant, et qui dessinent une nouvelle guerre froide, différente de celle qui a divisé le monde à l’époque soviétique, mais pas moins porteuse de risques.

Il y a dans cette affaire des faits et une instrumentalisation, une réalité et des fantasmes, et beaucoup, beaucoup d’idéologie. Placé sur la défensive, le régime chinois a choisi de passer à l’offensive, souvent outrancière, et accentue un peu plus une méfiance, et parfois une hostilité, que le fait d’affronter ensemble une telle pandémie aurait dû effacer.

Au titre des faits, il y a évidemment toutes les zones d’ombre sur les débuts de l’épidémie dans la ville de Wuhan. Aucune preuve concluante n’est venue soutenir jusqu’ici l’hypothèse d’un accident de laboratoire à Wuhan, et c’est une affaire trop grave pour se contenter de soupçons ou d’affirmations de personnalités.

Mais le démenti du gouvernement chinois ne convainc personne non plus, et ce simple fait devrait poser question au sommet du pouvoir à Pékin. Le fait que la Chine ait étouffé les informations au début de l’épidémie et bâillonné les lanceurs d’alerte, retire toute crédibilité à la communication chinoise. 

La Chine devrait faire toute la clarté sur l’origine et le déroulement d’une épidémie qui a plongé le monde dans une crise sans précédent. Mais on ne voit pas les choses ainsi à Pékin.

Il souffle un vent inquiétant en provenance du pouvoir chinois, fait de nationalisme, de triomphalisme d’un système politique autoritaire qui s’offre en modèle au monde quand les Occidentaux sont à la peine, et qui réécrit l’histoire. Le dérapage de la communication de l’ambassade de Chine en France, qui a valu à son ambassadeur une convocation au Quai d’Orsay, n’est qu’un exemple.

Les provocations de Donald Trump, qui a trouvé dans le bouc émissaire chinois un bon moyen de se défausser de ses propres erreurs, et surtout de souffler les braises de son propre nationalisme, servent la propagande chinoise par leurs outrances. Le candidat Trump semble penser que la diabolisation de la Chine le servira dans sa campagne électorale.

Difficile dès lors de séparer les inquiétudes légitimes vis-à-vis de l’irrésistible ascension d’une Chine qui ne joue pas le jeu, du brouhaha de ceux qui veulent l’instrumentaliser à des fins qui ne sont pas plus honorables. 

Les prémisses de cette guerre froide qui monte étaient déjà présents dans la bataille technologique lancée par Donald Trump, en particulier contre le géant des télécom Huawei. Il est probable que ces tensions se poursuivront après le coronavirus, plaçant l’Europe devant des choix difficiles entre deux blocs.

Y a-t-il encore une voie entre la complaisance et la guerre froide dans les relations avec la Chine ? La question est ouverte, mais elle s’adresse d’abord aux dirigeants chinois à l’issue de cette crise sanitaire qui a réveillé le temps du soupçon.

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