Peut-être n’est ce pas encore une tendance mais… ça y ressemble. Avant que Roh Moo-Hyun, candidat d’un nouveau centre gauche, ne remporte mercredi, la présidentielle sud-coréenne, il y a eu les victoires d’Hugo Chavez au Venezuela en 1999, de Vincente Fox au Mexique et de Ricardo Lagos au Chili il y a deux ans, de Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil en octobre, et de Lucio Guterriez en Equateur le mois dernier. Chacun de ces hommes a son histoire et sa personnalité propres. Les uns sont contestables et contestés, comme Hugo Chavez. Les autres ne le sont pas. Certains viennent de la gauche, comme Ricardo Lagos, d’autres du centre droit, comme Vincente Fox, mais les majorités qui se sont portées sur leurs noms expriment, en revanche, quelque chose de commun dans ces pays de continents émergeants. Partout, on a voté pour eux parce qu’on voulait rompre ou, dans le cas de la Corée, confirmer une rupture, avec des pouvoirs oligarchiques, domination d’un parti institutionnel au Mexique, des consortium industriels en Corée ou des grandes fortunes au Venezuela. Toutes ces élections ont traduit une aspiration à plus de justice sociale, à une meilleure répartition des revenus, à la séparation de l’argent et de la politique – bref, un rejet de systèmes féodaux naturellement porteurs d’injustice, hostiles à tout changement, ancrés dans un statu-quo national ébranlé par la mondialisation économique et rendus anachroniques par la montée de nouvelles générations, elles-mêmes plus ouvertes au monde, accédant à un début de bien-être et aspirant à une vraie démocratie. Tout se passe comme si l’affirmation économique de ces pays, la mise en valeur de leur potentiel, conduisait maintenant à leur modernisation politique et, parallèlement, à une revendication d’autonomie vis-à-vis des Etats-Unis qui restent, jusqu’aujourd’hui, leur suzerain. Vincente Fox, ancien patron de Coca-Cola pour le Mexique, anglophone et grand amateur de bottes texanes, a ainsi prêté la main à la France, contre les Etats-Unis, dans les deux mois de bataille onusienne autour de la résolution sur l’Irak. Lula, l’ancien syndicaliste désormais soutenu par le FMI, ne cache pas son désir de s’appuyer, économiquement et politiquement sur l’Union européenne pour desserrer l’emprise américaine sur le Brésil. Elu contre un candidat de Washington et des consortium industriels, Roh Moo-Hyun avait, lui, fait campagne sur l’instauration d’un dialogue social entre syndicats et patronat, le rééquilibrage de la diplomatie sud-coréenne qu’il souhaite sortir de son lien exclusif avec les Etats-Unis, l’ancrage de la Corée en Asie et le développement d’une approche nationale du problème nord-coréen que la Maison-Blanche entendrait, elle, gérer seule. La jeunesse a voté pour lui, les personnes âgées pour son adversaire. Il y a décidément, dans ces pays, une commune tendance à l’émancipation vis-à-vis des oligarchies nationales comme des Etats-Unis, un désir de polycentrisme, une aspiration, surtout, à un rapport de forces équitable entre le capital et le travail. Ce n’est qu’un balbutiement, un pointillé, mais prometteur.

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