Union européenne en tête, les Occidentaux ont pris, hier, une dangereuse décision. A l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité au cours de laquelle la Serbie et la Fédération de Russie avaient réaffirmé leur opposition à la reconnaissance, par l’Onu, d’une indépendance de la province serbe du Kosovo, l’Europe et les Etats-Unis ont fait comprendre qu’ils soutiendraient, eux, cette sécession, ardemment souhaitée par la population de cette province composée à 90% d’Albanais. Un principe sacralisé par la décolonisation – celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – peut légitimer cette décision qui n’a rien d’improvisé mais elle posera, maintenant, quatre problèmes de taille. Les Occidentaux, d’abord, vont se mettre là en marge du droit international qui garantit à tout Etat membre des Nations Unies, ce qui est le cas de la Serbie, le respect de ses frontières et de son intégrité territoriale. Ils porteront ainsi un nouveau coup au système de sécurité internationale que constitue l’Onu, organisation aussi totalement imparfaite qu’indispensable à la stabilité du monde. Deuxième problème, les Occidentaux vont ainsi créer, quoi qu’ils en disent et bien qu’ils ne le souhaitent pas, un précédent aux conséquences redoutables. Si le Kosovo peut se séparer de la Serbie au motif que sa population le souhaite, pourquoi la Russie ne reconnaîtrait-elle pas, au même motif, l’indépendance de provinces, régions ou Républiques autonomes des anciennes Républiques soviétiques devenues indépendantes ? Pourquoi n’appliquerait-elle pas le précédent kosovare, n’en jouerait-elle, pas en Ukraine, en Géorgie, en Moldavie, voire dans les Pays baltes ? Pourquoi ces innombrables provinces qui aspirent à leur indépendance partout de par leur monde, à tort ou à raison, ne brandiraient-elles pas, elles aussi, cet exemple et pourquoi cela ne se produirait-il pas dans l’Union elle-même, en Espagne, en Italie, à Chypre ou, bien sûr, en Belgique, pays au bord du fractionnement ? Troisième problème, les Occidentaux – l’Europe en fait puisque le Kosovo est à ses frontières – risquent, à terme, de rouvrir les conflits yougoslaves car la logique serait maintenant d’admettre le droit à l’autodétermination des Serbes de Bosnie ou des Albanais de Macédoine, de remettre en question, comme au Kosovo, les anciennes frontières internes de l’ex-Yougoslavie que les Occidentaux avaient pourtant défendu, bec et ongles. Et puis enfin, quatrième problème, que fera-t-on quand la minorité serbe du Kosovo réclamera à son tour son indépendance en organisant la sécession du Nord de cette province ? Va-t-on s’y opposer, par la force, en foulant aux pieds le droit qui aura été reconnu aux Albanais ? On est en pleine incohérence mais cette incohérence a deux raisons profondes qui poussent les Occidentaux à écarter toute solution d’autonomie la plus large que propose, pourtant, la Serbie. Les Occidentaux sont marqués par la honte d’avoir laissé perpétrer le massacre de Srebrenica et ils ne veulent pas, surtout pas, devoir faire face à une insurrection des Albanais du Kosovo.

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