Il y avait foule hier, une foule chaleureuse et pleine d’espoir, pour accueillir François Hollande à Alger. Pays jeune, pays très majoritairement né après la guerre et l’indépendance, pays pour lequel la colonisation relève aujourd’hui de la préhistoire, l’Algérie d’aujourd’hui ne veut qu’une chose : se rapprocher de la France et construite avec elle un avenir commun fondé sur une communauté de langue, de culture et d’intérêts.

Un sondage publié par le quotidien Liberté le disait : 57% des Algériens souhaitent une « relation exemplaire » avec la France que les dirigeants des deux pays appellent également de leurs vœux mais il y a – c’est ainsi – un préalable à cela. Douloureux, sanglant, contradictoire, le passé est toujours si présent qu’il faut parvenir à le solder pour pouvoir aller de l’avant et c’est le défi qu’aura à relever François Hollande, cet après-midi, devant le Parlement algérien.

Dès son arrivée sur cette terre qui avait si longtemps été la France, le président de la République a fixé les choses. « Ni repentance ni excuses », a-t-il dit, mais « la vérité, vérité sur la colonisation, vérité sur la guerre, vérité sur les mémoires blessées ». Oui, très bien, parfait, pas de repentance car comment et pourquoi s’excuser de ce qui fut un autre temps, un autre regard, d’une part, daté, qui déterminait une politique que ce siècle désapprouve radicalement mais qui semblait normale et « civilisatrice » à l’époque et la vérité d’autre part, une vérité difficile à dire et reconnaître mais sans laquelle on ne pourra pas avancer.

La vérité donc mais est-elle énonçable alors qu’elle reste si dure à entendre dans les deux pays ? Car la vérité est que, loin de toute mission civilisatrice, la colonisation fut un régime d’apartheid sous lequel les Algériens n’avaient aucun droit pas même celui de fréquenter l’école où n’étaient acceptés qu’une poignée d’entre eux, pas le droit de voter et seulement celui de servir de chair à canon durant des guerres européennes qui n’étaient pas les leurs. La colonisation fut une prédation même si elle porta jusqu’en Algérie des idéaux républicains que les Algériens surent retourner contre elle et, pire encore, quand l’aspiration à l’indépendance s’est affirmée dans les élites les plus francophones, la France les a tant ignorées que c’est elle qui a ouvert la voie au radicalisme du FLN qu’elle n’a su combattre que par la torture et la terreur.

Les torts de la France sont tellement immenses qu’il sera difficile à François Hollande de les dire et comment pourrait-il dire, à l’inverse, ceux du FLN, ses attentats aveugles bien sûr, mais aussi, surtout, les meurtres et les massacres par lesquels, après l’indépendance, il a jeté les Français à la mer pendant qu’il passait les harkis au fil de l’épée avec une innommable barbarie ?

On ne sait pas comment François Hollande pourra dire et tenter de solder ce passé. C’est une redoutable épreuve qui l’attend aujourd’hui et l’un des rares moyens de relever le défi, ce serait d’invoquer la réconciliation franco-allemande, la manière dont Français et Allemands avaient su enterrer le passé sans le nier parce que l’avenir comptait tellement plus. Entre la France et l’Algérie, tout cela fut mais ce qu’ils pourraient faire ensemble demain compte beaucoup, infiniment plus.

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