Le Conseil européen a donc débattu, hier, des questions de Défense. C’est un progrès en soi puisque les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union n’avaient pas abordé depuis quatre ans ce sujet qui les divise profondément car il est cœur de leurs divergences de toujours sur la nature et les objectifs de la construction européenne.La logique voudrait que cette Union paneuropéenne qui a un Parlement, une monnaie unique, un marché commun, des politiques communes et un seul et même passeport pour l’ensemble de ses citoyens ait également une Défense intégrée à même de protéger son territoire et, le cas échéant, de défendre ses intérêts communs. Ce serait la logique, celle que la France et, maintenant la Pologne ne cessent de plaider mais ce pas, les autres pays de l’Union ne veulent pas le franchir car qui dit Défense commune, dit également politique étrangère commune et affirmation d’une puissance politique sur la scène internationale. Or cette Europe puissance, la plupart des Européens n’en veulent toujours pas. La Grande-Bretagne la refuse et l’a encore fait hier, le plus clairement du monde, parce qu’elle n’a jamais voulu que l’Union passe du marché commun au gouvernement commun et à la dynamique fédérale qu’impliquerait vite le développement d’une diplomatie et de forces armées européennes. L’Allemagne n’en veut pas non plus car, autant elle souhaite une intégration économique de l’Union toujours plus poussée, autant elle se refuse à jouer un rôle sur la scène politique internationale et se refuse donc à ce que l’Union le fasse. Parce qu’elle continue à avoir peur d’elle-même et de son passé, parce que toute idée d’intervention extérieure demeure pour elle un tabou, l’Allemagne ne veut pas entrer dans la logique d’une Défense intégrée et son neutralisme, ou son abstentionnisme, rencontre celui de beaucoup d’autres Européens qui ne veulent pas assumer de dépenses militaires car ils estiment n’en avoir pas les moyens financiers. Résultat, le Conseil s’est contenté, comme prévu, d’approuver hier des investissements communs qu’aucun des Etats membres n’aurait pu faire seul dans quatre domaines où tous sont particulièrement en retard et démunis : les drones, le ravitaillement en vol, les satellites de communication et la cyberdéfense. Les Européens ne feront ensemble que ce qu’ils ne peuvent pas faire séparément. Cela manque singulièrement d’ambition. Au regard de ce qu’il faudrait faire, c’est bien peu mais ce n’est pas rien non plus car, par le biais des moyens de demain, ils s’engagent de fait dans une Défense commune et la dimension politique dont elle est porteuse.Comme toujours, l’Europe avance à petits pas, bien petits, trop petits, mais la certitude est pourtant que le désengagement américain et l’ampleur des crises à ses frontières l’obligeront vite à aller plus loin vers une Défense intégrée. Signe des temps, les 28 débattront aujourd’hui, au second jour du Conseil, de la sécurité en Afrique et du soutien, militaire et financier, que la France leur demande de lui apporter en Centrafrique. Pas d’illusions à se faire, ce ne sera pas rien non plus mais très prudent, et très modeste.

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