Demain, les Catalans votent : qu'attendre de ces élections ?

Rien, absolument rien. Que les indépendantistes ou les unionistes l'emportent, Barcelone restera largement ingouvernable et Madrid devra d'une façon ou d'une autre se reposer la question catalane.

C'est-à-dire la question cruciale pour l'Espagne de l'organisation de son territoire et de sa démocratie. Or le gouvernement conservateur actuel, qui gouverne en minorité, n'a ni les moyens politiques, ni la volonté de rouvrir ce chantier institutionnel.

La seule chose qui intéresse Mariano Rajoy à Madrid est sa survie alors que son parti est cerné par les juges et qu'il est concurrencé politiquement par plus jeune et plus moderne que lui, c'est-à-dire le parti de centre droit Ciudadanos.

Dans ces circonstances, la crise catalane est une bénédiction : tout ce que l'Espagne – or Catalogne - compte de nationalistes ou d'espagnolistes, c'est-à-dire de citoyens qui ont l'identité espagnole chevillée au corps, sont remobilisés derrière leur Premier ministre.

Quand aux autres partis politiques, Parti socialiste et Podemos en tête, ils ont tout SAUF envie de se coltiner la question catalane. En clair, ils font le gros dos et espèrent que la question se résoudra toute seule. Et surtout, ils s'en remettent à Mariano Rajoy.

Et en Catalogne ?

En Espagne, les vrais ennuis commencent toujours par la Catalogne. En 1931 et en 1934, l'autonomie, puis l'indépendance de la Catalogne avait déjà été proclamée sans prévenir Madrid... Ca s'est très mal terminé : une guerre civile et 40 ans de Franquisme.

Je ne dis évidemment pas que les indépendantistes catalans sont responsables des malheurs de l'Espagne. Je dis simplement que les poussées indépendantistes en Catalogne sont souvent le signe d'une crise de régime profonde.

On en est là en Espagne : la forme de l'Etat adoptée en 1978, mi fédérale, mi unitaire. Mi figue, mi raisin, DOIT être révisée pour que les Catalans mais aussi les Basques, les Galiciens, les Navarrais s'y sentent à l'aise et envisagent un avenir commun.

C'est la seule chose à faire et c'est aussi la plus compliquée parce qu'il faut pour cela réviser une constitution adoptée en 1978 dans la peur, alors que les Franquistes détenait encore tout les rênes du pouvoir. C'est ce pacte post-franquiste qu'il faut revoir.

Pourquoi est-ce si compliqué ?

D'abord parce que les Constituants de 1978 ce sont arrangés pour qu'une réforme de la constitution espagnole soit très difficile à obtenir. D'un côté, les Franquistes ne voulaient pas qu'on reviennent trop facilement sur les lois d'amnistie.

De l'autre, les partis ne voulaient pas qu'un coup de force puissent les renvoyer dans l'illégalité. Résultat, la monarchie constitutionnelle espagnole est, par exemple, une des dernières au monde, avec le Japon, à privilégier la succession au trône par les hommes !

Pour changer cela, il faudrait modifier la Constitution : trop compliqué. Or, tout le monde sait en Espagne que la seule solution pour apaiser l'indépendantisme catalan, c'est un Etat espagnol fédéral avec une large autonomie des régions historiques.

Tout le monde le sait, personne n'a le courage de s'y atteler, ni à Madrid, ni à Barcelone : ça signifierait placer l'intérêt général au dessus de ses intérêts politiques immédiats et ni Mariano Rajoy, ni Carles Puigdemont dont l'envergure nécessaire.

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