Contre l'avis de ses conseillers, Donald Trump a annoncé hier le départ des 2000 soldats américains stationnés dans le nord de la Syrie auprès des combattants kurdes qui ont lutté contre Daech.

Un véhicule blindé américain accompagné de combattants kurdes des unités de protection du peuple, dans le nord de la Syrie, en avril 2017.
Un véhicule blindé américain accompagné de combattants kurdes des unités de protection du peuple, dans le nord de la Syrie, en avril 2017. © AFP / DELIL SOULEIMAN / AFP

Dans l’équation compliquée de la Syrie, Donald Trump avance avec des idées simples. Il a décidé d’évacuer les 2000 soldats américains de Syrie, contre l’avis d’une partie de son administration, aussi bien le Ministre de la Défense Jim Mattis, que son Conseiller à la Sécurité John Bolton, et une partie des élus républicains au Congrès. La semaine dernière, un émissaire américain affirmait que ces troupes resteraient en Syrie « dans l’avenir prévisible ». Ca n’a pas tenu longtemps.

Le départ de ces troupes a une conséquence directe : les Américains abandonnent derrière eux leurs alliés kurdes, qui ont joué un rôle décisif dans la reprise de Raqqa et des territoires aux mains de Daech. Ces combattants sont aujourd’hui repliés dans des zones du nord-est de la Syrie, protégés par les soldats américains. 

Or le Président turc Recep Tayyip Erdogan menace depuis quelques jours d’attaquer ces forces kurdes syriennes liées au PKK, le parti des travailleurs kurdes de Turquie, son ennemi juré. Ce matin encore, la presse pro-Erdogan affirmait que cette offensive était « vitale » pour la sécurité de la Turquie et critiquait encore la protection américaine des Kurdes. Erdogan triomphe donc, au risque de repousser les combattants kurdes dans les bras de Bachar el-Assad avec lequel les ponts n’ont jamais été totalement cassés.

La décision est aussi embarrassante pour la France, qui a quelque 200 hommes des forces spéciales dans cette zone et a promis de protéger les Kurdes ; Paris devra prendre une décision difficile après le retrait américain.

Les zones contrôlées par les différentes parties en septembre 2018. Les troupes américaines sont dans la partie en jaune, contrôlée par les forces kurdes et leurs alliés arabes
Les zones contrôlées par les différentes parties en septembre 2018. Les troupes américaines sont dans la partie en jaune, contrôlée par les forces kurdes et leurs alliés arabes © AFP / Sophie RAMIS, Thomas SAINT-CRICQ / AFP

Comme à son habitude, c’est un simple tweet du Président qui a annoncé ce virage syrien qui, vu de la base électorale isolationniste de Trump, a tous les avantages d’un désengagement d’un conflit de plus au Moyen Orient.

Mais le Président, dans son tweet, énonce une contre vérité en affirmant que l’État islamique a été défait, et que c’était la seule raison de la présence américaine dans ce pays. 

Daech a certes perdu l’essentiel de son territoire, en Irak et en Syrie, mais n’a pas totalement été éradiqué. Ca rappelle le « Mission accomplie » de George Bush en Irak, qui fut suivi de plusieurs années de guerre…

Ce désengagement américain peut entraîner un big bang régional. Donald Trump n’a pas écouté ses conseillers qui ne voulaient pas priver les États-Unis d’influence dans la définition de l’après-guerre en Syrie. 

En se retirant avant même qu’un règlement politique soit trouvé, les États-Unis laissent la Russie et l’Iran maîtres du jeu auprès du régime de Bachar el-Assad qu’ils ont sauvé. Et ils donnent leur feu vert à la Turquie, libre d’accroître sa zone de sécurité dans le nord de la Syrie, aux dépens des Kurdes.

C’est ce qui choque les tenants d’une politique républicaine plus classique à Washington, qui continuent à raisonner en fonction d’un échiquier politico-militaire mondial, dans une rivalité de puissances. Très clairement, ça n’intéresse pas Donald Trump, tant pis pour les Kurdes.

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