C’est une visite qui en dit beaucoup sur l’état du monde. Avec un milliard cent millions d’habitants, une croissance de 8% par an, l’arme atomique, d’énormes besoins d’équipements, une recherche de pointe et des informaticiens considérés comme les meilleurs du monde, l’Inde ne peut laisser personne indifférent. Avantagée par la solidité de sa démocratie, elle a de bonnes chances de prendre le pas sur la Chine, l’autre géant de l’Asie émergeante, et ce n’est ainsi pas par hasard que le Président français n’a fait, hier, qu’y précéder Georges Bush, attendu début mars à New Delhi. La conquête du marché indien est un enjeu de première importance pour toutes les puissances industrielles et cela met l’Inde en position de faire monter les enchères entre ses courtisans, de leur rappeler qu’ils feraient mieux de ne pas s’opposer aux investissement indiens sur leur territoire et de lever, en premier lieu, les obstacles internationaux au développement de son industrie nucléaire. Normalement, ce pays qui n’a pas signé le Traité de non-prolifération et qui s’est doté de la bombe, comme son voisin et ennemi pakistanais, ne devrait pas avoir accès aux fournitures nucléaires même civiles. Seulement voilà, l’Inde veut s’équiper de 25 à 30 centrales pour couvrir ses besoins énergétiques et moins dépendre du pétrole et, devant la perspective d’un tel pactole, Georges Bush vient de conclure avec elle, en juillet dernier, un accord ouvrant la voie à des transferts de combustible et de technologie. Les Etats-Unis étaient en train de prendre un avantage déterminant face à la France, l’autre grand fournisseur de nucléaire civil, et Jacques Chirac, connaisseur et admirateur de l’Inde, n’a pas tardé à se mettre sur les rangs en faisant valoir, dès les premières heures de ces deux journées de visite, qu’il n’y avait pas à lever, en France, les obstacles que le Congrès américain met à l’accord prôné par Georges Bush. Les deux chefs d’Etat sont là en concurrence si ouverte que le Président américain défendait, vendredi, de Washington, la coopération nucléaire civile avec l’Inde et que chacun veut se montrer le plus ardent avocat des ambitions indiennes. L’Inde n’est pas l’Iran. L’Inde est une démocratie. Elle a vraiment besoin de centrales. Les situations ne sont pas comparables mais force est de constater que les rapports de force économiques pèsent lourd dans les accomodements politiques des uns et des autres mais ce n’est pas tout. A ces deux leçons de choses sur le poids des puissances émergeantes et la concurrence qu’elles suscitent entre alliés occidentaux, cette visite en ajoute une troisième. Comme l’a fait remarquer Jacques Chirac dès hier, le monde n’a de toute façon pas le choix. Ou bien l’Inde s’équipera de centrales nucléaires, françaises ou américaines, ou bien elle deviendra une « cheminée » du monde, l’un de ses tout premiers pollueurs. Dans le village monde, c’est sur ce danger-là que l’Inde joue aussi, pas seulement sur la concurrence entre ses fournisseurs potentiels. A vous de décider, dit-elle, et c’est d’autant plus décidé que qui remportera ce marché prendra de solides avances sur les autres contrats à venir.

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