C’était, hier, la première fois en presque quatre ans qu’un aussi haut responsable américain que Condoleezza Rice était réuni avec le Président palestinien et le Premier ministre israélien. Tant mieux, enfin, parfait, mais comment n’être pas déçu par le résultat de ce sommet ? En deux heures d’entretien, Mahmoud Abbas, Ehud Olmert et la secrétaire d’Etat sont en tout et pour tout parvenus à affirmer leur « engagement en faveur d’une solution fondée sur deux Etats » et à promettre de se revoir. C’est tout, rien de plus et l’on se prend, donc, à rêver. On aurait rêvé qu’au lieu de cela Ehud Olmert et Condoleezza Rice aient eu l’audace de chaleureusement féliciter Mahmoud Abbas d’avoir amené les islamistes du Hamas à accepter la formation d’un gouvernement d’union nationale et à « respecter » les accords passés à Israël. Oh, bien sûr, c’eut été forcer les choses, les voir au mieux, puisqu’il est parfaitement vrai que le Hamas n’a encore fait qu’un demi pas, qu’il n’a toujours pas reconnu Israël, qu’il ne reconnaît pas non plus ces accords passés avec les Israéliens mais dit seulement les « respecter » mais quel risque y aurait-il eu à le prendre aux mots ? Quel risque y aurait-il eu à considérer – ce qui est tout aussi vrai – qu’en disant vouloir respecter les acquis du processus de paix le Hamas a, de fait, en creux, accepté l’existence d’Israël ? Grâce aux pressions internationales, à la suspension de l’aide occidentale à l’Autorité palestinienne, grâce aussi à l’exercice du pouvoir qui contraint à ne plus se contenter de slogans, le Hamas est devenu moins irréaliste, a avancé dans le bon sens, mais les Américains ne veulent pas se contenter de cette évolution. L'Europe ne sait pas les y pousser. Les Américains voudraient que les islamistes deviennent d’un coup des modérés et cela ne mène qu’à ce sommet sans objet et à l’embarras d’un Président palestinien auquel le Hamas peut maintenant dire que les gestes de bonne volonté ne servent à rien. L’intransigeance et les postures verbales ne sont décidément pas l’apanage d’un seul côté et on le voit également, l’Iran. En Iran, les sanctions économiques de l’Onu et les bruits de botte américains - oui, la force, la menace de bombardements - ont non seulement conduit à l’isolement de Mahmoud Ahmadinejad contre lequel se sont rapprochés tous les autres courants du régime mais à de claires ouvertures, surtout, sur le dossier nucléaire. On en beaucoup parlé la semaine dernière dans cette chronique. Les grandes capitales voient cette évolution mais, là encore, elles ne saisissent pas la perche tendue comme si elles craignaient un échec du dialogue. Il n’y a, c’est vrai, aucune garantie que de nouvelles négociations apportent des résultats mais, là encore, où serait le risque ? Quel risque y aurait-il à tout tenter pour la paix ? A saisir toutes les perches, si courtes soient-elles ?

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